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1525 - Arrestation du curé de Saint-Hyppolite et guerre contre les rustauds


Trois martyrs de la réforme, brules en 1525 à Vic, Metz et Nancy
Othon Cuvier
Ed. Nancy, imprimerie Berger-Levrault et Cie, 1889.

WOLFGANG SCHUCH

Les princes de la maison de Lorraine se distinguaient moins par une vie chrétienne que par leur dévotion fervente et leur soumission à l'Église catholique dont ils étaient les serviteurs zélés. C'était par conviction, sans doute, mais ils y trouvaient aussi leur intérêt. De 1484 à 1607 le siège épiscopal de Metz fut occupé par six membres de la famille ducale. Trois d'entre eux qui furent cardinaux, abandonnant à des suffrageants la direction spirituelle de leur diocèse dont ils se réservaient l'administration du temporel, recherchèrent trop souvent l'avantage des ducs lorrains au détriment de leur église. D'autres évêchés et des archevêchés, successivement ou à la fois, de riches abbayes d'hommes et de femmes furent entre les mains de personnages appartenant à cette famille (121).
Le duc Antoine qui avait succédé, en 1508, à son père René II, se déclara l'ennemi des doctrines évangéliques dès leur apparition et s'opposa violemment à leur propagation dans ses États. Aussi mérita-t-il d'être appelé par Du Boulay : « Un autre Josué et vaillant Machabée, le premier bouclier de l'Église, Charles-Quint n'étant que le second (122). » Le 26 décembre 1523 il fit publier à son de trompe, dans sa bonne ville de Nancy, une ordonnance contre les disciples de Luther :
« Chacun a vu et pu connaître avec quel soin et vigilance Nous avons empêché l'entrée aux maudites sectes de religionnaires qui voulaient pénétrer et entrer dans nos États à main armée pour y planter leur religion que nous avons chassés et fait fuir... et de suite nous avons cherché et essayé tous les moyens de faire revenir et réunir à l'Église C.A.R. nos sujets qui s'étaient distraits et séparés d'icelle... et toutefois jusques ici la diligence dont nous avons usé pour les faire observer, ni les rigueurs et la douceur de notre justice et clémence qu'avons appliquées selon les occasions n'y ont apporté tel profit et avancement que nous désirions pour le service de Dieu et de son Église et le repos de nos pays et sujets. Pour à quoi remédier, ayant remis le tout en délibération des gens de notre Conseil, avons dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons (123) :
« I. Qu'il ne soit prêché et tenu sermons, paroles ni devis quelconques, publiquement ni à part, des faits et œuvres de Martin Luther.
« II. Que tous prélats, prieurs, religieux, séculiers, mendiants, chanoines, prêtres, gentilshommes ou non nobles, gens roturiers ou autres, de quelque état ou condition qu'ils soient ou puissent être, sans aucun réserver, en nosdits pays, terres et seigneuries de notre obéissance, qui aient livres, papiers, œuvres ou enseignements des faits, erreurs ou hérésies de Martin Luther, ses adhérents ou complices ou entremetteurs de sa secte, quels qu'ils soient ou de quoi ils fassent mention, les apportent et envoient en cedit lieu de Nancy, dans le premier jour de carême prochain venant, suivant les dates de ces présentes et illèque les mettent et délivrent ès-mains du R. P. l'abbé de Saint-Antoine-en-Viennois, chef de notre Conseil, ou du bon Père Bonaventure Renel (124) notre confesseur et gardien des Frères-Mineurs de cedit lieu de Nancy, ou l'un d'eux, à ce d'en faire ainsi que nous leur avons ordonné.
« III. Si aucuns de quelconques ordres et états qu'ils soient, tant prêcheurs, réguliers, séculiers, curés ou chapelains sont vus et trouvés en nosdits pays, prêchant, publiant noncéant, déclarant ou induisant le peuple en général ou en particulier, aux faits, œuvres et hérésies dudit Luther, ses adhérents ou complices, voulons que par nos officiers, leurs lieutenants ou en absence d'eux, par nos vassaux ou autres, ils soient arrêtés de leurs personnes, sûrement détenus et gardés jusqu'à ce que nosdits officiers ou autres en seront avertis, que entendons être fait en toute diligence, pour après y ordonner ce que faire s'en devra et ainsi que le trouverons par bon conseil.
« IV. Item que tous ceux ou celles qui savent et sauront aucuns ou aucune personne, de quels états semblablement qu'ils soient, tant gens d'église, gentilshommes, officiers ou autres, ayant un ou plusieurs desdits livres ou œuvres dudit Martin Luther ou de ses adhérents, incontinent ils viennent et envoient noncer et déclarer à nos plus prochains officiers, pour par iceux en faute que par ceux qui les auraient, ne les rapporteraient dedans le premier jour de carême, ès-mains des susdits, faire prendre et appréhender au corps, ceux qui ainsi les forcelleront et recéleront et les faire amener prisonniers en cedit lieu de Nancy, pour en faire telle punition qu'il appartiendra.
« V. Au surplus pour déclarations, voulons et entendons qu'après la publication de cesdites présentes, tous ceux et icelles qui en ce fait feront difficulté, refus, désobéissance, ou commettront faute d'apporter tous livres, papiers ou enseignements qu'ils ont dudit Martin Luther ou de sesdits fauteurs et adhérents, dans ledit premier jour du carême en cedit lieu et de les délivrer comme dit est, et qui semblablement ne se déporteront d'en suivre sa doctrine, erreur et hérésie, ledit jour passé, y avoir confiscation de corps et de biens contre eux, même les délayants et refusants annoncer ceux ou celles qui auraient en mains ou seraient trouvés avoir par devers eux aucuns desdits livres, papiers, œuvres ou enseignements dudit Luther ou de ses adhérents.
« Mandons et ordonnons à tous baillis, sénéchaux, maréchaux, leurs lieutenants et autres nos officiers, hommes, sujets, de faire publier et afficher les présentes et de les faire observer. Car tel est notre plaisir. »
Ce fut à l'occasion de cette ordonnance que François Lambert écrivit, en juin 1525, l'épître au duc de Lorraine imprimée dans son Commentaire sur Amos (125).
On y lit : « J'en sais deux qui ne te sont pas inconnus. Si Dieu en délivrait la Lorraine, ce serait un grand bienfait pour tout le pays, car ils sont ennemis de sa Parole et préparent la ruine de son peuple. Je ne les nommerai pas, mais s'ils lisent ceci, ils jugeront bien si cela les touche ou non. Leur hypocrisie et leur cruauté les désignent assez bien (126). »
Et plus loin : « J'ai vu dernièrement un édit d'un prince extragermanique et l'ai encore en mains qui, signé de sa main, m'est parvenu par les croyants. Il est si cruel et sanguinaire et inhumain que Néron et Dioclétien n'en ont pas publié de pires et en finissant il donne comme suprême motif de ce qu'il ordonne que telle est notre volonté et plaisir. O crime insupportable ! Dieu a élevé ce ver de terre afin qu'il paisse ses brebis et il ordonne de mépriser la Parole de Dieu et de respecter sa propre parole parce que c'est son bon plaisir !..... D'abord les brebis de Christ sont frères des princes chrétiens, car ils sont frères du plus grand des rois, du Christ même, puisque par la foi il les a faits enfants de Dieu. C'est pourquoi il est permis aux fidèles d'aller à leurs frères les princes et de leur dire : frère, nous sommes brebis de Christ, confiées à ta garde comme à son serviteur. Nous désirons et voulons que tu nous fasse annoncer sa Parole. Refuse-t-il, l'église entière des fidèles qui leur sont soumis doit se rassembler afin de décider, non par les armes mais par la Parole de Dieu, ce qu'il y a à faire avec ce frère qui siège sur le trône, car le prince comme tout frère est soumis à la Parole de Dieu et au jugement de l'Église. La méprise-t-il ? comme un payen il faut le fuir et l'éviter (Mat. XVIII, 17). Ne veut-il pas observer la Parole de Dieu ou la laisser observer par son peuple, il peut alors pour un temps être séparé de la communion de l'Église et s'il persiste dans son mauvais vouloir en être retranché. »
Cette épître fut-elle adressée au duc de Lorraine, ou lui parvint-elle ? On ne sait. Quoi qu'il en soit, elle n'était pas pour lui plaire, mais plutôt propre à l'exaspérer encore davantage contre la doctrine évangélique.
On ignore quelles furent, pour les évangéliques lorrains, les suites immédiates de l'ordonnance d'Antoine. Cependant Crespin rapporte que, vers la fin de l'année 1524, un prince qu'il ne nomme pas, mais qui pourrait bien être le duc de Lorraine, « oubliant l'amitié et la révérence qu'il avait de tout temps porté à un prêtre, pourchassa sa mort à cause d'un acte sans importance commis par lui, qui ne méritait aucun châtiment. Il envoya l'un de ses gentilshommes, connu pour sa cruauté, accompagné de quelques serviteurs, qui après s'être présenté en ami du curé et s'être assis à sa table, le fit saisir par sa bande et pendre à un poteau de sa maison. Et ce bon personnage étant près de cette horrible mort, ne dit autre chose sinon : Jésus-Christ, fais-moi miséricorde ; Jésus-Christ, sauve-moi. »
C'est vers le même temps qu'un autre curé, celui de Saint-Hippolyte (127), fut dénoncé au duc comme hérétique et rebelle.
Wolfgang Schuch (128), c'était son nom, fils d'un cultivateur aisé de Swangau, au diocèse d'Augsbourg, naquit en 1493. Il fréquenta d'abord l'école de son village natal, mais son père, frappé de l'intelligence de son fils et de son ardeur aux études, l'envoya, au prix de grands sacrifices, à l'université de Fribourg-en-Brisgau, pour y étudier la théologie, qui ouvrait alors aux enfants du peuple la seule carrière libérale qu'ils pussent parcourir. Ses études terminées, il fut appelé en qualité de maître d'école à Bischofszell, bourg du canton suisse de Thurgovie. Mais, soit qu'il eût peu de goût pour l'enseignement et que cette humble condition ne le satisfît pas, soit qu'il se sentît une vocation pour le ministère ecclésiastique, il se fit ordonner prêtre. Il remplit alors les fonctions de vicaire, à l'église de Notre-Dame à Augsbourg.
Les doctrines évangéliques avaient pénétré jusque dans le sud de l'Allemagne et rencontré des adhérents dans les rangs du clergé, en dépit de la surveillance rigoureuse des autorités ecclésiastiques. Luther avait trouvé des disciples dans la célèbre ville impériale où, si souvent, se réunissaient les Diètes, dont les membres venaient de toutes les parties de l'empire. Le jeune vicaire eut ainsi l'occasion d'entendre parler du grand Réformateur et de lire ses livres. Comme beaucoup de membres du clergé, il conçut des doutes sur les croyances qu'il prêchait, puis reconnut les erreurs et les abus qui altéraient, dans l'Église romaine, la foi et le culte des premiers siècles. Trop sincère pour dissimuler, trop convaincu pour se taire, il devint bientôt suspect à ses supérieurs et fut accusé d'hérésie. La fuite devint pour lui le seul moyen d'éviter la prison ou peut-être pis. Il s'en alla donc et, pendant quelque temps, il desservit une paroisse de campagne aux environs de Constance. Mais Hugo de Hohenlandenberg, évêque de cette ville où le célèbre hérésiarque de Bohême, Jean Huss, avait été condamné par le concile et brûlé vif, en 1417, surveillait de près son clergé, de sorte que Schuch, se sentant menacé, dut reprendre son bâton de pèlerin.
L'accueil empressé que rencontrait la Réforme en beaucoup de localités d'Alsace et l'abolition de la messe par les magistrats, l'engagèrent, selon toute apparence, à diriger ses pas de ce côté. On ne saurait dire à quel moment précis il-vint à Saint-Hippolyte, mais il est certain qu'en 1519 il y était curé, ayant succédé, cette année-là, à Léon Judæ (129) que Zwingle (130) venait d'appeler, par une lettre du 18 décembre 1518, à le remplacer à Einsiedeln. C'est là sans doute qu'il se maria. En peu de temps il eut gagné l'estime et l'affection de ses ouailles par la pureté de sa vie qui contrastait avec les mœurs trop souvent dissolues du clergé (131).
Une fois en possession de leur confiance, « son premier soin, dit Crespin, fut d'extirper les superstitions et idolâtries qui étaient par trop enracinées au cœur du peuple. En peu de temps, par la pure prédication de l'Évangile, il ôta beaucoup de superstitieuses observances comme du carême, des images et finalement l'abomination de la messe ; ce qui ne lui fut pas trop difficile, d'autant qu'il avait rencontré un peuple docile et aisé à conduire à l'Évangile et lequel eut pris en grande révérence son pasteur. »
On pourrait s'étonner qu'un prêtre crût pouvoir demeurer dans l'Église romaine en prêchant les doctrines évangéliques. Mais au début, Luther lui-même et ses adhérents ne songèrent point à sortir du catholicisme ; ils prétendaient seulement le réformer, en ramenant le christianisme à sa pureté originelle, par la prédication de l'Évangile, le rejet des traditions et l'extirpation des erreurs et des superstitions qui en altéraient la doctrine et le culte en esprit commandé par Jésus-Christ. Dans l'ardeur et la naïveté de leur foi, ils ne doutaient pas qu'ils ne réussissent à faire de l'Église l'épouse glorieuse et sans tache, sainte et sans reproche de Jésus-Christ, selon l'expression de saint Paul (Éph. V, 27) ; ce n'est qu'après avoir constaté l'impossibilité de réformer l'Église catholique, par suite de l'opposition du pape et du haut clergé à qui la plupart des princes prêtaient leur appui, qu'ils furent amenés à fonder, non pas une nouvelle religion, comme on les en accusait à tort, mais une Église renouvelée prenant l'Écriture sainte pour règle unique de son enseignement, de sa discipline et de son culte. Alors se consomma définitivement le schisme inévitable qui divise depuis lors la chrétienté occidentale. Le curé de Saint-Hippolyte, quoique marié, put donc sans hypocrisie (132) rester prêtre catholique-romain et prêcher les doctrines chrétiennes que le concile de Trente devait bientôt proscrire comme hérétiques.
Wolfgang continua paisiblement son ministère évangélique durant quelques années, en bonne conscience et sans éveiller les soupçons de l'inquisition. D'une part, ses paroissiens, partageant ses sentiments, ne portaient pas de plaintes contre lui. D'autre part, ni la situation de Nancy et de Saint-Hippolyte, séparés par la chaîne des Vosges, ni l'éloignement de ces deux villes distantes d'une trentaine de lieues, ni enfin la différence des langues parlées dans ces deux localités, ne favorisaient des relations fréquentes entre leurs habitants.
Cependant Antoine ne pouvait ignorer toujours ce qui se passait dans cette partie de ses États, située en Alsace, quelque éloignée qu'elle fût. Il finit par l'apprendre, en effet, probablement en 1524.
« Le bruit de ce révoltement de la doctrine papale dans la ville de Saint-Hippolyte donna occasion aux ennemis de la vérité, continue Crespin, d'accuser ce peuple auprès du prince Antoine, duc de Lorraine, comme s'il eût voulu rejeter le joug de son obéissance (c'est-à-dire faire cause commune avec les Rustauds ou Bourres de la haute Alsace), tellement que la chose en vint jusque-là que la ville fut menacée d'être mise à feu et à sang. Ce qu'entendant Wolfgang Schuch, il écrivit une épître au duc par laquelle il rendait raison de son fait et purgeait son troupeau des calomnies mises sur lui. » Il y exposait en même temps la doctrine évangélique, moins avec la pensée de le convertir que dans l'espoir d'obtenir de lui la tolérance pour les disciples de la Réforme.
« Après que je suis venu ici, lui écrit-il, en cette votre ville de Saint-Hippolyte, ô Prince très puissant, j'ai trouvé un peuple errant comme brebis sans pasteur. Or, j'ai commencé incontinent, selon le ministère qui m'était commis du Seigneur, à rappeler les errants dans la voie droite, à exhorter à faire pénitence de la vie passée et que le royaume des cieux était prochain, à menacer que la cognée était mise à la racine de l'arbre, pour être de bref coupé et mis au feu, s'il était trouvé stérile (Mat. III, 10) et que le temps était venu auquel le Seigneur avait envoyé des anges, c'est-à-dire des annonciateurs de sa Parole, pour ôter tout scandale de son royaume. J'ai commencé, dis-je, incontinent comme le bon laboureur à arracher les épines et erreurs qui étaient petit à petit crues contre le Seigneur et sa Parole, à planter arbres rendant fruits en leur temps, à édifier un domicile non pas transitoire ni terrestre, mais éternel au ciel, étant édifié sur le fondement des apôtres et prophètes dont Jésus-Christ même est la maîtresse pierre angulaire, auquel toute édification liée ensemble croît en un temple saint au Seigneur, auquel il nous faut tous être édifiés en un tabernacle de Dieu, au Saint-Esprit (Éph. II, 20-21). Et afin que je parle plus ouvertement, j'ai été envoyé au peuple de Votre Clémence, pour prêcher l'évangile de Dieu, lequel il avait promis par ses prophètes ès Saintes-Écritures touchant son Fils Notre Seigneur. »
Après avoir exposé, dans les termes de l'Écriture, la doctrine du salut par grâce et par la foi qui engendre la charité, il continue :
« C'est ici ce que Jésus-Christ même a prêché, ô Prince très clément et ce qu'il a commandé à ses apôtres d'enseigner à toute créature. J'ai enseigné et enseigne ces choses et non autres à votre peuple. Certes il ne sera pas même licite à un ange du ciel d'évangéliser chose diverse et contraire... (Gal. I, 8) Vu qu'il en est ainsi qui sera celui qui ne criera contre toutes les choses qui ont été introduites dans l'Église de Christ, par la malice des hommes, contre cette vraie doctrine de piété... J'ai contredit comme je le devais et comme le doivent tous pasteurs, à cette abominable foire de messes, au pervers service des saints... comme aussi à infinies cérémonies d'humaines traditions... En condamnant ces choses et autres semblables qui sont contraires à la Parole de Dieu, je suis accusé vers Votre Clémence comme séducteur, trompeur, séditieux par ceux qui ont en estime l'hypocrisie au lieu de vérité, qui cherchent leur propre avantage et non pas ce qui est de Christ, qui étant destitués du bras de Dieu, se voyant trop faibles, invoquent l'aide du bras séculier ; lesquels voyant qu'ils ne peuvent résister à la vérité se défendent par le mensonge.
« Ils désirent que tous ceux qui honorent et font profession de la vérité de Dieu soient perdus, contre lesquels ils machinent infamie, dommage et mort, afin que tout le sang juste vienne sur eux et qu'ils se montrent fils de leurs pères qui ont tué les prophètes (Mat. XXIII, 31-35). Mais, ô Père très clément, n'endurez pas que ces iniques abusent de votre clémence ni de votre bonté tant connues de tous. Je vous prie au nom du Dieu immortel et de la mort de Jésus-Christ devant le tribunal duquel nous assisterons tous, que vous ne souffriez que votre cœur tant bénin et amiable soit exacerbé contre moi qui suis un petit serviteur de votre bénigne Clémence, ni contre votre pauvre peuple tant obéissant et bienveillant. N'écoutez ceux qui aiguisent leurs langues comme glaives pour machurer ceux qui sont nets. Ils n'ont que faire de prétendre faussement que le peuple est ému par la prédication de l'Évangile à sédition et désobéissance, à mépriser les princes et magistrats. Ce déshonneur ne doit être donné à la Parole de Dieu, car qui est-ce qui ne sait la voix du Christ qui dit : rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mat. XXI, XXII, 21.)
Après avoir ainsi protesté contre les calomnies de ceux qui accusaient les évangéliques de Saint-Hippolyte de faire cause commune avec les Rustauds ennemis des moines et des seigneurs, ce qui était le plus sûr moyen de les perdre dans l'esprit du duc, Schuch rappelle le devoir des princes et des peuples qui doivent tout faire avec foi selon ce que dit saint Paul (Rom. XIV, 23). Puis il continue : « Je me confie que les rapports des iniques ennemis de la vérité ne pourront rien vers vous et que vous ne ferez rien qui sente plus violence qu'équité... Je présume chose meilleure de Votre Clémence laquelle je connais être ornée de vertus dignes d'un prince duquel la bénignité, bonté et dilection envers ses sujets est renommée par tout le monde. Vous défendrez donc, comme Prince très chrétien, la Parole de Christ, vous aimerez ceux qui portent honneur à Christ, vous haïrez les ennemis de Christ combien qu'ils soient grands. Moi qui suis un très petit serviteur de Dieu, je n'ai rien prêché à votre peuple et ne prêcherai jamais sinon ce que je sais être très ferme et certain en la Parole de Dieu.
« Je suis et serai toujours prêt, selon l'admonition de saint Pierre, de rendre raison de la foi qui est en moi. Je prie donc, ô Prince très chrétien, que votre bénignité me veuille ouïr. Ne veuillez acquiescer à ceux qui se réjouissent de nous détruire sans être ouïs. Nous ne serons point rebelles à Votre Clémence, ce que nos ennemis ne sont point honteux de nous faussement imputer. Mais serons sujets humblement rendant à chacun ce qui lui est dû... Je vous supplie de recevoir bénignement les supplications de celui qui est très prompt d'obéir à tous les bons désirs et commandements de Votre Excellence. Je vous supplie bien humblement aussi de pardonner à ma grande témérité, qui ai osé écrire à Votre Hautesse, supportant ma rudesse de ce que j'ose empêcher votre piété à lire tant chose mal ornée : Mais je ne m'estime savoir autre chose que Jésus-Christ crucifié (1 Cor. II, 2) par lequel paix et grâce de Dieu Notre Père vous soient données et à votre règne et à tous ceux qui invoquent le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ afin qu'ayant les cœurs illuminés par la Parole de Dieu et le sacré Évangile, nous confessions devant le monde et atan que nous croyons et qu'abondions en toute bonne œuvre. Amen !
« De votre ville de Saint-Hippolyte martyr, l'an de grâce M. D. XXV le deuxième jour de janvier. »
Ce qu'il advint de cette démarche courageuse et même audacieuse et téméraire, on le devine aisément. Non seulement elle ne gagna pas à la doctrine évangélique le duc de Lorraine que des attaques aussi hardies contre la religion qu'il professait et des jugements aussi sévères sur ses favoris ne pouvaient qu'irriter davantage. Mais elle ne justifia pas, à ses yeux, les gens de Saint-Hippolyte des accusations de rébellion dont on les chargeait. Il conserva à leur égard toutes ses préventions et ne témoigna pas moins d'aversion et de haine contre les évangéliques.
Soit qu'Antoine ait dédaigné de répondre à la lettre de Schuch, soit qu'il lui ait répondu par un refus, le curé de Saint-Hippolyte, certain désormais que le duc persistait dans ses sentiments hostiles et craignant qu'il ne marchât contre la petite ville, prit la résolution de se rendre, sans retard, à Nancy, et d'y demander audience à ce prince. Il espérait, du moins, disculper ses paroissiens dénoncés comme Luthériens et surtout comme affiliés aux Rustauds et comme ennemis de toute autorité civile et religieuse. On ignore s'il put parvenir jusqu'au duc, mais s'il fut arrêté alors, ainsi que le rapporte Crespin, il est certain qu'il fut relâché et qu'il retourna dans sa paroisse. En effet, le gouverneur de Blâmont, Gaspard d'Haussonville, fut chargé d'aller le quérir (133). Accompagné d'une troupe de cavaliers, il se rendit à Saint-Hippolyte et, l'ayant arrêté, il l'amena à Nancy. Dès son arrivée Wolfgang Schuch fut jeté dans un cachot infect situé dans une des tours de la Craffe (134) qui servaient alors de prison, et placé sous la garde de gens barbares, c'est-à-dire qui ne le comprenaient pas, ne sachant pas l'allemand qui était la langue maternelle de leur prisonnier. Son arrestation eut lieu, selon toute apparence, en janvier. C'est, sans doute, au mois de février, après les premiers interrogatoires, que Saint-Chamont jugea à propos de demander l'avis de la Faculté de théologie de Paris et de déférer à son examen et à son jugement certaines réponses de l'accusé ainsi que « quatre libelles écrits de sa main » que le tribunal et lui-même jugeaient entachés de l ' « hérésie pestifère de Luther ».
Le 25 mars, sur le rapport d'une commission composée de six docteurs en théologie, la Sorbonne, dans une assemblée générale, prononça la censure contre trente et une propositions extraites des quatre libelles « sortis de l'exécrable officine de Luther », comme fausses et erronées, impudentes, arrogantes, perverses et impies, hérétiques et schismatiques, sacrilèges et damnables. En conséquence, elle exprima l'avis qu'elles devaient être détruites et brûlées publiquement, étant pernicieuses à la République chrétienne et que Schuch devait être sommé de les abjurer.
Deux jours après, le 27, la Sorbonne fit expédier à l'abbé de Saint-Antoine la copie signée et scellée des propositions condamnées, avec les censures à la suite de chaque article. A cette pièce étaient jointes deux lettres latines : l'une à l'adresse du commissaire apostolique pour l'extirpation de l'hérésie en Lorraine, Saint-Chamont ; l'autre, qui devait être transmise par lui au duc de Lorraine, louait ce prince de son zèle contre l'hérésie et lui proposait l'exemple du roi David qui se couvrit de gloire en conduisant vigoureusement les guerres de l'Éternel, n'épargnant pas les Philistins incirconcis dont il rapporta les dépouilles opimes.
Ces lettres reçues, le procès avait été repris et la sentence capitale allait être prononcée lorsque survinrent les graves événements qui obligèrent le duc Antoine et le chef de son Conseil à quitter Nancy précipitamment (135).
Les Bourres ou Rustauds, paysans révoltés contre leurs seigneurs ecclésiastiques et laïcs (136) par qui ils se plaignaient, avec trop de motifs, d'être « taillés, mangés et rongés », parcouraient depuis longtemps plusieurs contrées d'Allemagne, en particulier la vallée du Rhin, ménageant les villages et pillant abbayes et châteaux, donnant aux pauvres et prenant aux moines (137). « Dans les douze articles qui contiennent leurs griefs, ils revendiquaient le droit d'élire et de déposer leur curé ou pasteur, d'user d'une portion des dímes pour le soulagement des pauvres et les besoins de la communauté, de prendre leur bois dans les forêts ; la liberté de la chasse et de la pêche, l'abolition du servage et des corvées arbitraires, la diminution des rentes et redevances de toutes sortes qui les ruinaient, la restitution aux communautés des terres usurpées sur leur territoire (138). »
Après les fêtes de Pâques de l'année 1525, au mois d'avril, les paysans de la haute Alsace se soulevèrent à leur tour et rencontrèrent des adhérents dans la vallée de la Sarre jusque vers Herbitzheim où ils pillèrent une abbaye de Bénédictines. Au mois de mai ils étaient rassemblés, au nombre de trente mille, aux environs de Molsheim et se disposaient à passer les Vosges. Informé de leurs projets, le duc de Lorraine appela à lui ses frères, Claude de Guise et Louis, comte de Vaudémont, qui accoururent en toute hâte avec quelques troupes. De Dieuze où elle s'était réunie, l'armée lorraine se mit en marche s'acheminant vers l'Alsace à la rencontre des Rustauds. Elle les rencontra à Lupstein où, le 16 mai, elle en battit cinq à six mille. A la suite de cette défaite le gros de l'armée des rebelles s'enferma dans Saverne, où, menacés d'un siège et redoutant un nouveau désastre, ils résolurent de parlementer et obtinrent de quitter la ville sans armes et un bâton à la main.
Toutefois la parole qu'Antoine leur avait donnée ne fut pas gardée. Tandis qu'ils sortaient, le duc de Guise donna l'ordre à ses soldats de les assaillir. Ils en massacrèrent environ seize mille. Saverne, qui était une ville « riche et comble de biens, fut pillée, dérobée et détruite », des hommes, des femmes, jusqu'à des enfants perdirent la vie. De quoi aucuns disaient que c'était grande lâcheté aux Lorrains qui s'excusaient en prétendant que les Rustauds voulaient enfreindre leur sauf-conduit (140). » D'autres bandes qui étaient restées hors de Saverne, remontèrent, en fuyant, le long des Vosges jusqu'à Scherviller (141), poursuivies par les troupes lorraines qui les mirent en déroute. Il en périt encore là trois ou quatre mille, dont une partie furent massacrés le lendemain de la bataille, les blessés comme les autres. Les survivants se dispersèrent. Dès le jour suivant, 21 mai, l'armée libératrice des défenseurs de la foi catholique reprit, par Saint-Hippolyte et le val de Lièpvre, le chemin de la Lorraine, suivie de nombreux chariots, chargés de tout ce qu'ils pouvaient emporter de leur butin, laissant derrière eux, partout où ils avaient passé, une impression de profonde terreur. Le souvenir de leurs ravages « pires que ceux des Bourres » se conserva longtemps en Alsace où le nom de Lorrain devint synonyme de pillard (142).
Arrivé le 25 mai au bourg de Saint-Nicolas-du-Port (143), le duc Antoine s'y arrêta trois jours, « regraciant Dieu » et il y licencia ses troupes. « Depuis il y mit ordre que plusieurs Luthériens furent pris pour avoir tenu et prêché la secte de Luther, fausse et réprouvée, pour être brûlés, pendus et décapités, ne se voulurent confesser ni changer leurs pensées, mais moururent obstinés en leurs erreurs et faussetés (144). » C'est en souvenir de sa victoire qu'Antoine fit ériger la Croix-Gagnée, à Boudonville, aux portes de Nancy.
Le procès de Wolfgang Schuch fut interrompu ou différé par suite de l'absence de Saint-Chamont (145), qui accompagnait le duc de Lorraine, durant sa campagne, en qualité de chef de son Conseil. Il fut repris à la fin de mai au retour de l'inquisiteur.
Durant les quatre mois qu'il passa dans sa prison, Schuch ne se laissa point intimider. Ni les promesses ni les menaces ne parvinrent à l'ébranler. Son affection pour sa femme et ses jeunes enfants (146), à qui sa vie et sa protection étaient si nécessaires, ne purent le faire faiblir ni consentir à une abjuration qui aurait pu le sauver. Souvent on le menait au couvent des Cordeliers (147), voisin de la prison de la Craffe ; là on l'interrogeait et l'on disputait avec lui. Mais il confondait ses adversaires et Bonaventure Renel lui-même, grâce à sa présence d'esprit et à sa profonde connaissance des Saintes Écritures.
Le tribunal de l'inquisition était présidé par Théodore de Saint-Chamont, assisté de l'abbé de Clairlieu, Cunin Forville, de Rosières (148). Mais le principal agent de cette persécution, dit Crespin, était le Provincial de l'ordre des Cordeliers, Bonaventure Renel, « homme autant hideux de viaire et de ventre que souverainement effronté en toute ignorance de bien et de vertu. Il avait grande autorité en la cour de Lorraine, étant parvenu à ce degré d'être grand-confesseur du duc Antoine qui l'aimait fort pour la licence qu'il lui baillait en la liberté de ses plaisirs. Ce monstre cruel ne persuadait rien tant à ce prince ignorant que d'exterminer tous gens savants de sa cour et de ses pays et lui avait si bien appris cette leçon que souvent, en devises familières, le prince avait coutume de dire qu'il suffisait savoir Pater Noster et Ave Maria et que les plus grands docteurs étaient cause des plus grandes erreurs et troubles. »
Ce moine dirigeait les interrogatoires et il lui arrivait souvent, lorsque les réponses de l'hérétique le scandalisaient ou l'embarrassaient, de s'emporter contre lui et de l'invectiver, l'appelant Judas ou diable. Mais Schuch se souvenait de la parole du Christ : vous serez bienheureux quand on vous dira des injures à cause de moi (Mat. V, 11) et ne répondait ni aux injures « ni aux moqueries de ses adversaires qu'il ne semblait pas entendre ». Il les réduisait au silence par ses arguments serrés, sa science théologique et les citations de l'Écriture Sainte toujours faites à propos. Il les menaçait aussi parfois du juste jugement de Dieu, tellement qu'un jour, grinçant les dents de dépit, ils lui arrachèrent des mains la Bible dont il se servait journellement et dont les marges étaient chargées de ses annotations, et « ne pouvant mordre sur sa doctrine » brûlèrent le saint livre dans leur couvent.
Un jour, dit-on, le duc désira assister aux derniers interrogatoires du curé de Saint-Hippolyte. Dissimulé derrière une tapisserie, il pouvait voir et entendre, mais non comprendre ses réponses. Schuch, en effet, s'exprimant mal en français, parlait en latin avec ses juges, à qui la langue allemande n'était pas familière. Antoine d'ailleurs jugeant par la contenance assurée de l'accusé et la promptitude de ses réponses qu'il n'était ni vaincu, ni intimidé, se retira en disant qu'il était superflu de discuter davantage puisqu'on ne pouvait le réduire à se taire, et qu'il fallait prononcer la condamnation de l'hérétique puisqu'il niait le sacrement de la messe (149). Cette parole équivalait à une sentence de mort et mit fin au procès. Le tribunal de l'inquisition condamna alors Wolfgang à être brûlé vif..
Après la lecture de la sentence prononcée par ses juges, Wolfgang Schuch ne témoigna ni surprise, ni abattement. Loin de là, voyant, comme le premier martyr chrétien Étienne (150) les cieux ouverts pour le recevoir, il entonna à haute voix le chant du psaume cent-vingt-deuxième : Je suis dans la joie quand on me dit : montons à la maison de l'Éternel. Tandis qu'il chantait encore, on le ramena dans son cachot.
La veille du jour de son exécution on dégrada à Nancy un jeune religieux, disciple de Luther, qui ne montra pas autant de courage et de résolution et ne subit pas le même sort. Il eut la faiblesse de se rétracter et ne monta pas sur le bûcher. On le séquestra, sans doute, dans une cellule de son couvent pour y faire pénitence, car les Chroniques messines « rapportent qu'il fut mis d'une part qu'on ne sut ce qu'il devint (151) ».
Le mercredi 21 juin, Wolfgang Schuch fut extrait de son cachot pour être mené sur le lieu où l'on avait disposé le bûcher (152). Au sortir de la Craffe le cortège remontant la Grand'Rue, devait passer devant le couvent des Cordeliers. Les moines, rangés devant leur église, l'attendaient au passage, curieux de voir l'attitude de la victime de l'inquisition et peut-être dans l'intention de l'accompagner jusque sur la place de l'exécution.
Dès que le fanatique Bonaventure Renel, qui était là avec ses religieux, aperçut Schuch, il lui cria : hérétique maudit, rends honneur à Dieu, à sa Mère et à ses saints, et du doigt il lui montrait les images de pierre qui décoraient le portail (153). Hypocrites, lui répondit Schuch, Dieu vous détruira et amènera vos superstitions à la lumière.
Lorsque le cortège, accompagné d'une multitude de peuple, avide de repaître ses yeux d'un affreux spectacle, fut arrivé sur le lieu de l'exécution situé hors de la ville (154) sous la conduite du prévôt, Claude de Vandœuvres, on commença par dégrader des ordres ecclésiastiques le curé de Saint-Hippolyte pendant qu'un religieux prononçait le sermon d'usage sur la foi catholique. On brûla ensuite ses livres et sans doute aussi les extraits de ses écrits que la Sorbonne (155) avait condamnés, le 25 mars précédent, comme entachés d'hérésie. On lui offrit alors, s'il consentait à se rétracter et à demander pardon à Dieu et à l'Église, de modérer sa peine, c'est-à-dire de le pendre au gibet après lui avoir fait seulement sentir l'ardeur du feu (156). Mais il refusa courageusement et sans hésiter cet adoucissement à son supplice et il ajouta que Dieu l'avait soutenu durant sa vie et ne l'abandonnerait pas à sa dernière heure. Alors, pour témoigner qu'il était prêt et résolu à mourir, il dit en latin : Que la sentence s'exécute !
Cela dit, il se mit à réciter à haute voix le psaume cinquante-unième : ô Dieu, prends pitié de moi dans ta bonté ; dans ta grande miséricorde, efface mes transgressions, lave-moi, etc. Il s'avança alors, d'un pas assuré, dans la dépression ménagée au centre du bûcher, où l'exécuteur des hautes œuvres l'attacha au pilori par une chaîne de fer et mit le feu aux fagots, tandis qu'il continuait son psaume. Il chanta ainsi jusqu'à ce que l'ardeur des flammes et la suffocation causée par la fumée mirent fin à ses souffrances et à son glorieux martyre (157).
« Sa grande vertu et constance ornée d'érudition exquise édifia maints bons cœurs et rendit étonnés les adversaires de la vérité. » Quoique mort, le saint martyr, recueilli auprès du Seigneur, nous parle encore (Hébr. XI, 4) et il nous redit la parole de Jésus-Christ : « Que servirait-il à un homme de gagner le monde entier et de sauver sa vie, s'il perdait son âme. »
Le 28 décembre 1527 mourut l'inquisiteur qui avait prononcé la sentence de mort, l'abbé de Saint-Antoine, Théodore de Saint-Chamont, qui fut enterré à Pont-à-Mousson (158).
Wolfgang Schuch était déjà prisonnier et l'armée lorraine s'ébranlait pour s'acheminer vers l'Alsace, lorsque le 7 mai, Hans Wolf, l'un des chefs des Rustauds, à la tête d'une dizaine de mille paysans, s'était présenté devant Saint-Hippolyte et avait obtenu de force qu'un certain nombre de ses habitants se joignît à ses bandes. Malheureusement leur curé n'était plus là pour les encourager et les soutenir dans leur résistance.
Le bon duc Antoine ne paraît pas avoir gardé rancune à ses sujets de Saint-Hippolyte qu'il avait déjà punis par des confiscations et des amendes comme ceux de la vallée de la Sarre. Apaisé sans doute par la mort de Wolfgang Schuch, il consentit à leur pardonner « leurs fautes et mépris commis envers sa grâce » aux conditions suivantes (159) :
Les habitants feront une procession générale, tête nue, quatre des principaux du conseil portant un cierge allumé, après laquelle aura lieu un sermon d'un homme d'église qui remontrera au peuple la détestable secte luthérienne, afin qu'il se conforme aux ordonnances de l'Église et ce sur peine de punition de corps et de biens. Ils prêteront serment de fidélité au duc. Ils ne conserveront aucune arme sans permission, sous peine de confiscation de corps et biens. Ils restitueront les joyaux et ornements d'église qu'ils pourront avoir en mains.
Ils promettront que si quelques-uns, de quelque condition et qualité que ce fût, les provoquaient à délaisser les ordonnances de l'Église, ils en avertiront incontinent leur capitaine ou officiers de leur souverain seigneur, sous peine de châtiment.
Comme au mépris des ordonnances de notre Mère Sainte-Église, par suggestion diabolique, aucuns ont mangé de la chair, les jours prohibés, ils s'abstiendront à l'avenir de telle insolence et dénonceront les délinquants, sous peine de punition.
Ils paieront les dîmes, censes et oblations dues aux églises afin que le service divin et les prières des trépassés se fassent comme par le passé. Ils seront tenus dorénavant et à perpétuité de fournir au duc de Lorraine, en temps des vendanges, trois chevaux chargés de raisins, à leurs frais.
Ils verseront, à la Saint-Martin d'hiver prochaine, entre les mains du receveur général, cinq cents francs pour être délivrés à ceux à qui le duc les a accordés sur les amendes et confiscations des gens de Saint-Hippolyte.
Ils conduiront, chaque année, au gouverneur de la Tappe à Raon, au temps des vendanges, douze charrées de bon vin blanc de leur cru, de vingt-quatre mesures chacune, qu'ils pourront racheter à toujours, moyennant la somme de mille florins d'or.
Les gens de Saint-Hippolyte qui partageaient les croyances de Schuch ne se hâtèrent pas de rentrer dans le giron de l'Église romaine, car entre les années 1530 et 1535, le duc de Lorraine y envoya à deux reprises pour « faire information de la Luthérerie (160) ». Peu à peu cependant les doctrines évangéliques furent délaissées et il ne s'y forma point de communauté protestante ainsi que dans d'autres localités voisines de l'Alsace.


(121). 1484, Henry de Lorraine, comte de Vaudémont, oncle du duc René II, évêque de Metz, mort en 1506.
1506, Jean de Lorraine, né en 1502, fils de René, évêque de Metz à quatre ans, de Toul à dix-huit, de Maurienne à dix-neuf, cardinal à vingt ans. Il fut aussi archevêque de Lyon, Narbonne et Reims, évêque d'Alby, Luçon, Thérouanne, Valence et Verdun. Il mourut en 1550.
1543, Nicolas, fils du duc Antoine, né en 1524, évêque de Metz. Il résigne en 1548 pour se marier. C'est le comte de Vaudémont, duc de Mercœur.
1550, Charles de Lorraine, fils de Claude de Guise, évêque de Metz, qu'on appelle le Grand-Cardinal, mort en 1575.
1558, Louis de Lorraine, cardinal de Guise, évêque de Metz, mort en 1578.
1578, Charles de Lorraine, fils du duc Charles III, cardinal, évêque de Metz et de Strasbourg, légat du Saint-Siège, né en 1567, mort en 1607.
(122). Antoine, fils de René II et de Philippe de Gueldres, époux de Renée de Bourbon, succéda à son père en 1508, et mourut en 1544. (Voir Du Boulay, Vie et trépas du bon duc Antoine et saige duc François, 1 vol. in-4 °, 1547.)
(123). Rogéville (Dictionnaire des ordonnances et tribunaux de la Lorraine et du Barrois, Nancy, 1777) et Huguenin (Chroniques de Metz) datent cette ordonnance de 1523. Cependant, il est évident que le préambule en a été retouché, sans doute, lors d'une publication postérieure de la même ordonnance, car le texte actuel est évidemment postérieur à la campagne contre les Rustauds, aucune invasion armée de Luthériens n'étant mentionnée par les chroniqueurs, ni en 1523, ni précédemment. En outre, il désigne les Luthériens par le nom de religionnaires qui n'a jamais été donné qu'aux Réformés de France et plus tard seulement.
(124). Frère Bonaventure Renel, gardien des Frères-Mineurs de l'étroite Observance de Saint-François ou Cordeliers. Il avait prononcé ses vœux en 1480 et avait été trois fois Provincial, Depuis 1522 il était confesseur du duc de Lorraine.
(125). In Amos, Abdiam et Jonam prophetas commentarii apud Herwagium. Argent. Mense junio MDXXV.
(126). Il s'agit sans doute de Saint-Chamont et de Renel.
(127). Le bourg de Saint-Hippolyte (en allemand Sanct Pilt) au pied du Hohkœnigsbourg, sur le versant alsacien des Vosges, à l'entrée du val de Liepvre, appartenait au duc de Lorraine, ainsi que la partie de Sainte-Marie-aux-Mines située sur la rive gauche de la Liepvrette. La portion de cette ville bâtie sur la rive droite était aux comtes de Ribeaupierre, qui embrassèrent la Réforme. De là vient que Saint-Hippolyte est catholique et Ribeauvillé protestant.
(128). Wolfgang, en français Pasdeloup, était âgé de trente-deux ans en 1525, il pouvait être qualifié par Crespin, de jeune homme, c'est-à-dire d'homme jeune. Ce qui suit est, en grande partie, emprunté à l'intéressante notice de M. Rodolphe Reuss.
(129). Léon Judæ, né en Alsace vers 1482, étudia à Bâle où il se lia avec Zwingle. Il fut installé le 23 février 1523 comme curé de l'église Saint-Pierre, à Zurich, il devint ainsi le collègue de son ancien ami qui l'y avait appelé.
(130). Ulrich Zwingle, né en 1484 à Wildhaus, en Suisse, fut successivement curé à Glaris, à Einsiedeln et enfin à Zurich en 1518. Il y prêcha avec succès la Réforme et périt en 1531, à la bataille de Cappel, remplissant les fonctions d'aumônier des troupes réformées, combattant contre l'armée des cantons catholiques.
(131). Les ducs de Lorraine étaient, de droit, héritiers des biens laissés par les enfants de prêtres. Ce cas ne devait pas être rare puisqu'il était prévu par les Ordonnances. En 1517, Antoine hérita des biens de la fille de H. Robert, archidiacre de Ligny. (Archives de la Meurthe, série B, 6152.) En 1583 parut une ordonnance contre les filles et femmes notoirement notées de paillardise qui hantent et fréquentent les maisons des gens d'église, lesquelles seront fouettées et bannies.
(Rogéville, II, 506.) Code Guinet, B, 415, Arch. département.
(132). Les prêtres convertis aux doctrines évangéliques croyaient avoir le droit de se marier, le mariage des ecclésiastiques ayant été général dans les premiers siècles de l'Église, saint Pierre ainsi que plusieurs parmi les autres apôtres ou leurs compagnons ayant été mariés. Le célibat fut imposé d'abord aux évêques, lorsque la hiérarchie fut introduite, puis au Ve siècle à tous les prêtres. Le dogme du célibat ecclésiastique triompha enfin au xie siècle sous le pontificat de Grégoire VII. En 1074, le synode de Latran excommunia tout prêtre marié qui dirait la messe et tout laïque qui recevrait l'hostie de sa main. Les prêtres grecs, arméniens et maronites ne sont pas soumis au célibat.
(133). On lit, en effet, dans les comptes de Lorraine déposés aux Archives de la Meurthe :
Msgr le gouverneur de Blâmont, luy 14º de personnes et autant de chevaux a despensés en l'hostel de Hannes de Dieuze, lorsqu'il mena le curé de Saint-Ypolitte. Appert par sa descharge, cy rendu 15 fr. (Série B, 8441.)
Pour despens faitz par Msgr le gouverneur de Blamont, tant en allant comme en retournant de SaintYpolitte, pour, par ordonnance de Msgr le duc, avoir esté quérir le curé dudit Saint-Ypolitte, pour mener à Nancy, comme appert par le mandement de mondit sgr duc et desclaration de ladite despence. Cy rendu la somme de 62 fr., un gros batz, XXXI florins. (Série B, 8841.) Hans (Jean), de Dieuze, était gouverneur de la Tappe, à Raon.
(134). La porte de la Craffe ou de Notre-Dame, par laquelle le duc Jean II fit son entrée à Nancy, en 1453, et dont il bâtit les tours en 1463. Il y avait là une prison (en 1513-1588) et l'une des tours (en 1595) renfermait la chambre de la question.
(135). Volcyr nous confirme que Schuch était en prison pendant la campagne contre les Rustauds (f ° 96).
(136). La Réforme ne saurait être rendue responsable des soulèvements plus sociaux que politiques des paysans dont plusieurs ont eu lieu à la fin du XVe siècle et d'autres au XVIe siècle, avant 1517. Si Luther, défenseur des faibles et des opprimés, approuva la plupart de leurs revendications, il blama toujours la révolte et la violence et recommanda constamment l'obéissance aux princes. Mais comme les Rustauds invoquaient l'Écriture sainte dans leurs douze articles, les auteurs lorrains, qui ignorent généralement l'histoire de la Réformation, les ont d'ordinaire confondus avec les luthériens, parfois même avec les anabaptistes dont ils furent les adversaires.
Volcyr les appelle : luthériens, apostats, faussaires, pervers, hypocrites, enfants de Bélial, etc.
Cayon, dans son Histoire de Nancy (p. 23 et 28), les désigne comme protestants quoique ce nom n'existât pas encore en 1525.
Digot, dans son Histoire de Lorraine (IV, p. 70), dit qu'après la défaite des Rustauds « si le péril le plus imminent se trouvait écarté, on n'en avait malheureusement pas fini avec l'hérésie. Repoussée quand elle avait voulu s'établir par la violence, elle allait, sans doute, tenter de s'introduire en Lorraine par d'autres voies et es prédications secrètes de quelques ecclésiastiques et de certains moines, favorablement disposés pour les nouvelles doctrines, semblaient désormais plus à craindre qu'une invasion. »
Dom Joseph de l'Isle, dans son Histoire de la célèbre abbaïe de Saint-Mihiel, appelle hugnots, les Rustauds de 1525.
Leupol (Précis de l'histoire de Lorraine, 4ª édition, p. 150) parle de « quarante mille Allemands, prédicateurs armés, belliqueux apôtres de la Réforme », et va jusqu'à associer Farel, Chastelain, Luther, Thomas Münzer, le chef des Anabaptistes, Gerber de Molsheim, le chef de l'armée des Rustauds alsaciens.
Beaupré (Recherches sur les commencements et les progrès de l'imprimerie en Lorraine, p. 142) écrit qu'Antoine « a refoulé le luthéranisme sur le Rhin et sauvé la religion catholique en France ».
Lepage (Histoire de Nancy, p. 11) appelle aussi les Rustauds des luthériens. Dans les Documents lorrains, tome 14ª, il ne confond plus les Luthériens et les Rustauds, mais il accuse ceux-ci de communisme, accusation qui semble indiquer qu'il les prend pour des anabaptistes.
(137). Bourres (de l'allemand Bauer, paysan), appelés en Lorraine Rustauds (du latin rusticus, paysan), voir : Karl Hartfelder, Zur Geschichte des Bauernkrieges in Südwest-Deutschland, Stuttgard, 1884).
(138). Voici d'après les chroniques de Metz le contenu des douze articles contenant les revendications des Bourres :
I. Droit d'élire « un curé et pasteur pour les régir et gouverner » prêchant la pure parole de Dieu « et de le déposer s'il forfait ».
II. Droit d'user de la dîme du blé, pour l'entretien du curé, le soulagement des pauvres et les nécessités de la communauté et suppression des dîmes qui « par finesse des hommes » ont été peu à peu « levées et usurpées ».
III. Abolition du servage « chose fort méprisable et digne de compassion vu que Dieu par sa passion les ait tous rachetés autant le pauvre comme le riche Obéissance aux seigneurs et souverains en toute chose juste, licite et raisonnable, fidèle et chrétienne. »
IV. Liberté de la chasse et de la pêche, vu que Dieu créa l'homme et lui donna puissance et autorité sur les bêtes.
V. Droit pour chacun de prendre, tant pour bâtir que pour brûler, le bois nécessaire dans les forêts, qui retourneront à la communauté.
VI. Abolition des corvées arbitraires, sans cesse augmentées par les seigneurs et qui les foulent, mais conservation des anciennes sans qu'ils soient opprimés.
VII. Obligation pour les seigneurs et de se montrer « cordials et débonnaires » et de ne plus les charger et oppresser plus avant que le bonhomme peut faire afin qu'il puisse faire son profit, leur obéissant avant tout autre, mais en temps opportun, sans dommage et pour prix raisonnable.
VIII. Diminution, après visite et jugement de gens de bien, des rentes, droitures et redevances dues au seigneur sur les biens qui sont souvent plus chargés qu'ils ne valent, car selon Dieu chaque ouvrier doit être payé de son loyer.
IX. Correction et punition des coupables selon l'ancien temps, non point par haine ou vengeance et plus cruellement les uns que les autres.
X. Retour à la communauté des prés, pâquis, pâturals et autres terres gratuitement s'ils ont été usurpés par les seigneurs, ou contre argent si ceux-ci les ont achetés.
XI. Suppression du grand obsèque et grande dépense, en usage lors des décès, car chacun en prend et l'on ôte les biens aux pauvres veuves et orphelins, contre droit et raison.
XII. Enfin observation desdits articles en tant qu'ils sont d'accord avec la parole de Dieu.
(139). Claude, frère du duc Antoine, chef de la famille des Guise, né à Condé-sur-Moselle, aujourd'hui Custine (Meurthe), le 20 octobre 1496.
(140). Sleidan dit : Le lendemain, Antoine fit grande boucherie de ceux qui étaient autour de Saverne, en quoi la foi ne fut pas gardée, car après qu'on leur avait commandé de poser les armes, sous promesse de ne leur mal faire, comme ils passaient au travers de l'armée, tout nus, sous ombre de quelque émeute, pour légère occasion, furent mis en pièce pour la plupart. (J. Sleidan, Histoire touchant l'état de la religion et république
Le chroniqueur Thiriat écrit : Capitulation faitė en guerre est de droit des gens et le souverain ne doit donner l'exemple d'y faillir. Monseigneur fut par trop faible et devait éconduire ceux qui donnèrent conseil de rigueur ; car ne pouvait-on se dissimuler que lesdits de Saverne n'étaient venus à parlementer qu'autant que leur fut promis, pour eux et leur chef, vie et bagues sauves, furent cependant passés à fil d'épée et Gerber pendu, dont on fit grand murmure et ce fut déshonneur à Monseigneur.
(141). Scherviller ou Chenonville.
(142). Plusieurs compaignons de Metz, de divers métiers, qui avaient été à cette « tuerie et pillerie » engagés dans l'armée lorraine, étant revenus, le Conseil des Treize, assemblé le 6 juin, leur intima l'ordre de quitter la ville (Hug. 823), non parce qu'ils avaient combattu avec les Lorrains, ainsi que le croit Lepage, mais « pour avoir pillé avec les autres ».
(143). Saint-Nicolas-du-Port, sur la Meurthe, en amont de Nancy, était une ville de 8,000 âmes, dit-on, et un lieu de pèlerinage très fréquenté, depuis qu'un gentilhomme lorrain y avait apporté, en 1087, un prétendu os de la main de Nicolas, évêque de Myre, en Lycie. Cette ville s'enrichissait par son commerce. Sa belle église ogivale avec ses deux tours, commencée en 1481 et dont les Messins firent don des dalles du pavé, ne fut achevée qu'en 1544. La Réforme y eut de bonne heure des adhérents, dont plusieurs furent mis à mort comme luthériens, par le duc Antoine en 1525 (Volcyr). En 1562 , François Christophe et Louis des Masures, jadis secrétaire du cardinal de Lorraine, y prêchèrent la Réforme, mais la persécution de l'église de Saint-Nicolas les obligea à émigrer à Metz, où ils furent pasteurs, avec quelques familles qui s'y fixèrent. En 1588, il y avait encore des Réformés, car on lit dans les registres de la Chambre des comptes, n ° 8949, qu'en cette année le bailli de Nancy, son lieutenant et le procureur général de Lorraine furent à Saint-Nicolas pour les affaires de ceux de la religion et descendirent à l'hôtellerie de l'Ange.
(144). Volcyr, 144.
(145). Les trois évêchés étaient ceux de Metz, Toul et Verdun. Nancy, qui ne possédait pas encore de siège épiscopal, faisait partie du diocèse de Toul.
(146). Crespin attribue six ou sept enfants à Schuch, mais il est difficile qu'il en eût plus de cinq, son mariage ne pouvant être antérieur à 1518. Volcyr dit qu'il était prêtre concubinaire, cas qui n'était pas rare, parce que pour l'Église catholique, le légitime mariage d'un prêtre, même devenu protestant, n'est qu'un concubinage.
(147). Le couvent des Cordeliers avait été fondé par René II à côté du Palais ducal, à l'occasion de la défaite du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, tué devant Nancy en 1477. Dans l'église et la Chapelle ronde, qui sont la propriété de l'empereur d'Autriche, on voit les tombeaux de la maison de Lorraine, parmi lesquels celui de Philippe de Gueldres, mère d'Antoine, l'une des plus belles œuvres du célèbre sculpteur Ligier Richier.
(148). D'après Crespin, Cunin mourut subitement à Nancy, effrayé par le bruit des salves d'artillerie, lors de l'entrée de la duchesse Christine de Danemark, femme de François II, « ce qui fut, dit-il, un notable jugement de Dieu ».
(149). Il est possible que Schuch, fils de laboureur et connaissant la condition misérable des paysans, approuvât les douze articles des Bourres, qui ne renferment rien que de légitime, mais il est certain qu'il ne prit aucune part à la révolte des paysans de la Haute-Alsace. Car lorsque ceux-ci se soulevèrent au mois d'avril et qu'ils contraignirent, par la menace, les gens de SaintHippolyte à envoyer un certain nombre d'entre eux rejoindre leurs bandes, Wolfgang était déjà dans les prisons de Nancy. D'ailleurs, on ne trouva rien dans ses écrits qui le convainquît de complicité dans leur soulèvement et c'est comme hérétique et ennemi de la messe qu'il fut condamné. Volcyr dit que le curé de Saint-Hippolyte qui s'était perverti, enseignait que tout chrétien pouvait dire la messe.
(150). Voir le Livre des Actes des Apôtres, VII, 55-56.
(151). Huguenin, 824.
(152). Crespin dit que le supplice de Wolfgang Schuch eut lieu le 19 août. Mais c'est une erreur. Les chroniques de Metz donnent la date du 21 juin, qui est confirmée : 1º par les Comptes de Lorraine qui nous apprennent que le martyr était déjà brûlé le 29 juillet ; 2 ° par la lettre de Farel qui, le 31 juillet, prie le chevalier d'Esch d'écrire le martyre des deux vrais martyrs, Jean Chastelain et le curé de Saint-Hippolyte, sans mentionner celui de Jean Leclerc, martyrisé le 29 de ce même mois et dont il ne pouvait encore avoir connaissance. (Bulletin, XXV, 457.)
(153). L'église des Cordeliers existe encore, mais l'ancien portail décoré de statues a été détruit lorsqu'on a allongé la nef sur la Grande-Rue en 1619.
(154). Le lieu du supplice n'est pas indiqué, mais il ne devait pas être situé dans l'enceinte de la ville où ne se trouvait aucune place assez vaste pour permettre à la foule de se repaître du spectacle d'une exécution capitale. On exécutait souvent au Pâquis, entre la ville et la Meurthe, du côté de Malzéville ; toutefois ce n'est pas là qu'on brûla Schuch, puisqu'en marchant au supplice il passa devant les Cordeliers. Au sortir de la prison de la Craffe, le cortège remonta la Grande-Rue jusqu'au Palais ducal, d'où il dut gagner, par la place Saint-Epvre, la rue de la Monnaie et sortir de la ville par la poterne du Vieil-Aître, située près du bastion des Michottes, et conduisant sur les glacis. Lors de la démolition des remparts, ces glacis nivelés ont formé la place de Grève, aujourd'hui place de l'Académie, où l'on guillotinait encore en 1830 ; c'est très probablement sur ces glacis que fut dressé le bûcher du curé de Saint-Hippolyte.
(155). Le nom de Sorbonne a été donné originairement à l'école de théologie fondée à Paris, en 1255, par Robert de Sorbon, aumônier de Louis IX. On a donné ensuite ce nom à la Faculté de théologie.
Voir les articles condamnés et les lettres adressées au duc de Lorraine et à Saint-Chamont dans la Collectio judiciorum de novis erroribus, de d'Argentré, Paris, 1728, f. 2º vol., p. 17 à 23.
(156). En 1579, une femme mise au pilori sur une des places de la ville fut menée au Pâquis, où elle fut pendue après avoir seulement senti l'ardeur du feu. (Archives départementales, Comptes de Lorraine, 7271.)
(157). Païé à Claude de Vandœuvres, prévôt de Nancy, par mandement du 29 juillet, 69 fr. 9 gros pour remboursement de pareille somme que, de l'ordonnance de Monseigneur, il a fourni et païé à faire faire certains échaffaulx de bois et planches, tant pour faire l'exécution du curé de Saint-Ypolite, luthérien, qu'à le dégrader, avec le fournissement de plusieurs aultres choses servant à ladite exécution. (Bull., II, 646, Archives départementales, Comptes).
(158). Son tombeau qui se trouvait sans doute dans la chapelle de la maison de Saint-Antoine n'existe plus.
(159). Voir le texte publié, d'après le trésor des Chartes, layette de Saint-Hippolyte nº 42, par Lepage, archiviste de la Meurthe, dans ses Documents inédits sur la guerre des Rustauds, 1 vol. in-8 °, Nancy, 1861.
(160). Archives départementales : Chambre des comptes, nº 9650. Dépense en deux voyages à Saint-Ypolite pour faire information de la Luthérerie.

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