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Trois martyrs de
la réforme, brules en 1525 à Vic, Metz et Nancy
Othon Cuvier
Ed. Nancy, imprimerie Berger-Levrault et Cie, 1889.
WOLFGANG SCHUCH
Les princes de la maison de
Lorraine se distinguaient moins par une vie chrétienne que par
leur dévotion fervente et leur soumission à l'Église catholique
dont ils étaient les serviteurs zélés. C'était par conviction,
sans doute, mais ils y trouvaient aussi leur intérêt. De 1484 à
1607 le siège épiscopal de Metz fut occupé par six membres de la
famille ducale. Trois d'entre eux qui furent cardinaux,
abandonnant à des suffrageants la direction spirituelle de leur
diocèse dont ils se réservaient l'administration du temporel,
recherchèrent trop souvent l'avantage des ducs lorrains au
détriment de leur église. D'autres évêchés et des archevêchés,
successivement ou à la fois, de riches abbayes d'hommes et de
femmes furent entre les mains de personnages appartenant à cette
famille (121).
Le duc Antoine qui avait succédé, en 1508, à son père René II,
se déclara l'ennemi des doctrines évangéliques dès leur
apparition et s'opposa violemment à leur propagation dans ses
États. Aussi mérita-t-il d'être appelé par Du Boulay : « Un
autre Josué et vaillant Machabée, le premier bouclier de
l'Église, Charles-Quint n'étant que le second (122). » Le 26
décembre 1523 il fit publier à son de trompe, dans sa bonne
ville de Nancy, une ordonnance contre les disciples de Luther :
« Chacun a vu et pu connaître avec quel soin et vigilance Nous
avons empêché l'entrée aux maudites sectes de religionnaires qui
voulaient pénétrer et entrer dans nos États à main armée pour y
planter leur religion que nous avons chassés et fait fuir... et
de suite nous avons cherché et essayé tous les moyens de faire
revenir et réunir à l'Église C.A.R. nos sujets qui s'étaient
distraits et séparés d'icelle... et toutefois jusques ici la
diligence dont nous avons usé pour les faire observer, ni les
rigueurs et la douceur de notre justice et clémence qu'avons
appliquées selon les occasions n'y ont apporté tel profit et
avancement que nous désirions pour le service de Dieu et de son
Église et le repos de nos pays et sujets. Pour à quoi remédier,
ayant remis le tout en délibération des gens de notre Conseil,
avons dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons
(123) :
« I. Qu'il ne soit prêché et tenu sermons, paroles ni devis
quelconques, publiquement ni à part, des faits et œuvres de
Martin Luther.
« II. Que tous prélats, prieurs, religieux, séculiers,
mendiants, chanoines, prêtres, gentilshommes ou non nobles, gens
roturiers ou autres, de quelque état ou condition qu'ils soient
ou puissent être, sans aucun réserver, en nosdits pays, terres
et seigneuries de notre obéissance, qui aient livres, papiers,
œuvres ou enseignements des faits, erreurs ou hérésies de Martin
Luther, ses adhérents ou complices ou entremetteurs de sa secte,
quels qu'ils soient ou de quoi ils fassent mention, les
apportent et envoient en cedit lieu de Nancy, dans le premier
jour de carême prochain venant, suivant les dates de ces
présentes et illèque les mettent et délivrent ès-mains du R. P.
l'abbé de Saint-Antoine-en-Viennois, chef de notre Conseil, ou
du bon Père Bonaventure Renel (124) notre confesseur et gardien
des Frères-Mineurs de cedit lieu de Nancy, ou l'un d'eux, à ce
d'en faire ainsi que nous leur avons ordonné.
« III. Si aucuns de quelconques ordres et états qu'ils soient,
tant prêcheurs, réguliers, séculiers, curés ou chapelains sont
vus et trouvés en nosdits pays, prêchant, publiant noncéant,
déclarant ou induisant le peuple en général ou en particulier,
aux faits, œuvres et hérésies dudit Luther, ses adhérents ou
complices, voulons que par nos officiers, leurs lieutenants ou
en absence d'eux, par nos vassaux ou autres, ils soient arrêtés
de leurs personnes, sûrement détenus et gardés jusqu'à ce que
nosdits officiers ou autres en seront avertis, que entendons
être fait en toute diligence, pour après y ordonner ce que faire
s'en devra et ainsi que le trouverons par bon conseil.
« IV. Item que tous ceux ou celles qui savent et sauront aucuns
ou aucune personne, de quels états semblablement qu'ils soient,
tant gens d'église, gentilshommes, officiers ou autres, ayant un
ou plusieurs desdits livres ou œuvres dudit Martin Luther ou de
ses adhérents, incontinent ils viennent et envoient noncer et
déclarer à nos plus prochains officiers, pour par iceux en faute
que par ceux qui les auraient, ne les rapporteraient dedans le
premier jour de carême, ès-mains des susdits, faire prendre et
appréhender au corps, ceux qui ainsi les forcelleront et
recéleront et les faire amener prisonniers en cedit lieu de
Nancy, pour en faire telle punition qu'il appartiendra.
« V. Au surplus pour déclarations, voulons et entendons qu'après
la publication de cesdites présentes, tous ceux et icelles qui
en ce fait feront difficulté, refus, désobéissance, ou
commettront faute d'apporter tous livres, papiers ou
enseignements qu'ils ont dudit Martin Luther ou de sesdits
fauteurs et adhérents, dans ledit premier jour du carême en
cedit lieu et de les délivrer comme dit est, et qui
semblablement ne se déporteront d'en suivre sa doctrine, erreur
et hérésie, ledit jour passé, y avoir confiscation de corps et
de biens contre eux, même les délayants et refusants annoncer
ceux ou celles qui auraient en mains ou seraient trouvés avoir
par devers eux aucuns desdits livres, papiers, œuvres ou
enseignements dudit Luther ou de ses adhérents.
« Mandons et ordonnons à tous baillis, sénéchaux, maréchaux,
leurs lieutenants et autres nos officiers, hommes, sujets, de
faire publier et afficher les présentes et de les faire
observer. Car tel est notre plaisir. »
Ce fut à l'occasion de cette ordonnance que François Lambert
écrivit, en juin 1525, l'épître au duc de Lorraine imprimée dans
son Commentaire sur Amos (125).
On y lit : « J'en sais deux qui ne te sont pas inconnus. Si Dieu
en délivrait la Lorraine, ce serait un grand bienfait pour tout
le pays, car ils sont ennemis de sa Parole et préparent la ruine
de son peuple. Je ne les nommerai pas, mais s'ils lisent ceci,
ils jugeront bien si cela les touche ou non. Leur hypocrisie et
leur cruauté les désignent assez bien (126). »
Et plus loin : « J'ai vu dernièrement un édit d'un prince
extragermanique et l'ai encore en mains qui, signé de sa main,
m'est parvenu par les croyants. Il est si cruel et sanguinaire
et inhumain que Néron et Dioclétien n'en ont pas publié de pires
et en finissant il donne comme suprême motif de ce qu'il ordonne
que telle est notre volonté et plaisir. O crime insupportable !
Dieu a élevé ce ver de terre afin qu'il paisse ses brebis et il
ordonne de mépriser la Parole de Dieu et de respecter sa propre
parole parce que c'est son bon plaisir !..... D'abord les brebis
de Christ sont frères des princes chrétiens, car ils sont frères
du plus grand des rois, du Christ même, puisque par la foi il
les a faits enfants de Dieu. C'est pourquoi il est permis aux
fidèles d'aller à leurs frères les princes et de leur dire :
frère, nous sommes brebis de Christ, confiées à ta garde comme à
son serviteur. Nous désirons et voulons que tu nous fasse
annoncer sa Parole. Refuse-t-il, l'église entière des fidèles
qui leur sont soumis doit se rassembler afin de décider, non par
les armes mais par la Parole de Dieu, ce qu'il y a à faire avec
ce frère qui siège sur le trône, car le prince comme tout frère
est soumis à la Parole de Dieu et au jugement de l'Église. La
méprise-t-il ? comme un payen il faut le fuir et l'éviter (Mat.
XVIII, 17). Ne veut-il pas observer la Parole de Dieu ou la
laisser observer par son peuple, il peut alors pour un temps
être séparé de la communion de l'Église et s'il persiste dans
son mauvais vouloir en être retranché. »
Cette épître fut-elle adressée au duc de Lorraine, ou lui
parvint-elle ? On ne sait. Quoi qu'il en soit, elle n'était pas
pour lui plaire, mais plutôt propre à l'exaspérer encore
davantage contre la doctrine évangélique.
On ignore quelles furent, pour les évangéliques lorrains, les
suites immédiates de l'ordonnance d'Antoine. Cependant Crespin
rapporte que, vers la fin de l'année 1524, un prince qu'il ne
nomme pas, mais qui pourrait bien être le duc de Lorraine, «
oubliant l'amitié et la révérence qu'il avait de tout temps
porté à un prêtre, pourchassa sa mort à cause d'un acte sans
importance commis par lui, qui ne méritait aucun châtiment. Il
envoya l'un de ses gentilshommes, connu pour sa cruauté,
accompagné de quelques serviteurs, qui après s'être présenté en
ami du curé et s'être assis à sa table, le fit saisir par sa
bande et pendre à un poteau de sa maison. Et ce bon personnage
étant près de cette horrible mort, ne dit autre chose sinon :
Jésus-Christ, fais-moi miséricorde ; Jésus-Christ, sauve-moi. »
C'est vers le même temps qu'un autre curé, celui de
Saint-Hippolyte (127), fut dénoncé au duc comme hérétique et
rebelle.
Wolfgang Schuch (128), c'était son nom, fils d'un cultivateur
aisé de Swangau, au diocèse d'Augsbourg, naquit en 1493. Il
fréquenta d'abord l'école de son village natal, mais son père,
frappé de l'intelligence de son fils et de son ardeur aux
études, l'envoya, au prix de grands sacrifices, à l'université
de Fribourg-en-Brisgau, pour y étudier la théologie, qui ouvrait
alors aux enfants du peuple la seule carrière libérale qu'ils
pussent parcourir. Ses études terminées, il fut appelé en
qualité de maître d'école à Bischofszell, bourg du canton suisse
de Thurgovie. Mais, soit qu'il eût peu de goût pour
l'enseignement et que cette humble condition ne le satisfît pas,
soit qu'il se sentît une vocation pour le ministère
ecclésiastique, il se fit ordonner prêtre. Il remplit alors les
fonctions de vicaire, à l'église de Notre-Dame à Augsbourg.
Les doctrines évangéliques avaient pénétré jusque dans le sud de
l'Allemagne et rencontré des adhérents dans les rangs du clergé,
en dépit de la surveillance rigoureuse des autorités
ecclésiastiques. Luther avait trouvé des disciples dans la
célèbre ville impériale où, si souvent, se réunissaient les
Diètes, dont les membres venaient de toutes les parties de
l'empire. Le jeune vicaire eut ainsi l'occasion d'entendre
parler du grand Réformateur et de lire ses livres. Comme
beaucoup de membres du clergé, il conçut des doutes sur les
croyances qu'il prêchait, puis reconnut les erreurs et les abus
qui altéraient, dans l'Église romaine, la foi et le culte des
premiers siècles. Trop sincère pour dissimuler, trop convaincu
pour se taire, il devint bientôt suspect à ses supérieurs et fut
accusé d'hérésie. La fuite devint pour lui le seul moyen
d'éviter la prison ou peut-être pis. Il s'en alla donc et,
pendant quelque temps, il desservit une paroisse de campagne aux
environs de Constance. Mais Hugo de Hohenlandenberg, évêque de
cette ville où le célèbre hérésiarque de Bohême, Jean Huss,
avait été condamné par le concile et brûlé vif, en 1417,
surveillait de près son clergé, de sorte que Schuch, se sentant
menacé, dut reprendre son bâton de pèlerin.
L'accueil empressé que rencontrait la Réforme en beaucoup de
localités d'Alsace et l'abolition de la messe par les
magistrats, l'engagèrent, selon toute apparence, à diriger ses
pas de ce côté. On ne saurait dire à quel moment précis il-vint
à Saint-Hippolyte, mais il est certain qu'en 1519 il y était
curé, ayant succédé, cette année-là, à Léon Judæ (129) que
Zwingle (130) venait d'appeler, par une lettre du 18 décembre
1518, à le remplacer à Einsiedeln. C'est là sans doute qu'il se
maria. En peu de temps il eut gagné l'estime et l'affection de
ses ouailles par la pureté de sa vie qui contrastait avec les
mœurs trop souvent dissolues du clergé (131).
Une fois en possession de leur confiance, « son premier soin,
dit Crespin, fut d'extirper les superstitions et idolâtries qui
étaient par trop enracinées au cœur du peuple. En peu de temps,
par la pure prédication de l'Évangile, il ôta beaucoup de
superstitieuses observances comme du carême, des images et
finalement l'abomination de la messe ; ce qui ne lui fut pas
trop difficile, d'autant qu'il avait rencontré un peuple docile
et aisé à conduire à l'Évangile et lequel eut pris en grande
révérence son pasteur. »
On pourrait s'étonner qu'un prêtre crût pouvoir demeurer dans
l'Église romaine en prêchant les doctrines évangéliques. Mais au
début, Luther lui-même et ses adhérents ne songèrent point à
sortir du catholicisme ; ils prétendaient seulement le réformer,
en ramenant le christianisme à sa pureté originelle, par la
prédication de l'Évangile, le rejet des traditions et
l'extirpation des erreurs et des superstitions qui en altéraient
la doctrine et le culte en esprit commandé par Jésus-Christ.
Dans l'ardeur et la naïveté de leur foi, ils ne doutaient pas
qu'ils ne réussissent à faire de l'Église l'épouse glorieuse et
sans tache, sainte et sans reproche de Jésus-Christ, selon
l'expression de saint Paul (Éph. V, 27) ; ce n'est qu'après
avoir constaté l'impossibilité de réformer l'Église catholique,
par suite de l'opposition du pape et du haut clergé à qui la
plupart des princes prêtaient leur appui, qu'ils furent amenés à
fonder, non pas une nouvelle religion, comme on les en accusait
à tort, mais une Église renouvelée prenant l'Écriture sainte
pour règle unique de son enseignement, de sa discipline et de
son culte. Alors se consomma définitivement le schisme
inévitable qui divise depuis lors la chrétienté occidentale. Le
curé de Saint-Hippolyte, quoique marié, put donc sans hypocrisie
(132) rester prêtre catholique-romain et prêcher les doctrines
chrétiennes que le concile de Trente devait bientôt proscrire
comme hérétiques.
Wolfgang continua paisiblement son ministère évangélique durant
quelques années, en bonne conscience et sans éveiller les
soupçons de l'inquisition. D'une part, ses paroissiens,
partageant ses sentiments, ne portaient pas de plaintes contre
lui. D'autre part, ni la situation de Nancy et de
Saint-Hippolyte, séparés par la chaîne des Vosges, ni
l'éloignement de ces deux villes distantes d'une trentaine de
lieues, ni enfin la différence des langues parlées dans ces deux
localités, ne favorisaient des relations fréquentes entre leurs
habitants.
Cependant Antoine ne pouvait ignorer toujours ce qui se passait
dans cette partie de ses États, située en Alsace, quelque
éloignée qu'elle fût. Il finit par l'apprendre, en effet,
probablement en 1524.
« Le bruit de ce révoltement de la doctrine papale dans la ville
de Saint-Hippolyte donna occasion aux ennemis de la vérité,
continue Crespin, d'accuser ce peuple auprès du prince Antoine,
duc de Lorraine, comme s'il eût voulu rejeter le joug de son
obéissance (c'est-à-dire faire cause commune avec les Rustauds
ou Bourres de la haute Alsace), tellement que la chose en vint
jusque-là que la ville fut menacée d'être mise à feu et à sang.
Ce qu'entendant Wolfgang Schuch, il écrivit une épître au duc
par laquelle il rendait raison de son fait et purgeait son
troupeau des calomnies mises sur lui. » Il y exposait en même
temps la doctrine évangélique, moins avec la pensée de le
convertir que dans l'espoir d'obtenir de lui la tolérance pour
les disciples de la Réforme.
« Après que je suis venu ici, lui écrit-il, en cette votre ville
de Saint-Hippolyte, ô Prince très puissant, j'ai trouvé un
peuple errant comme brebis sans pasteur. Or, j'ai commencé
incontinent, selon le ministère qui m'était commis du Seigneur,
à rappeler les errants dans la voie droite, à exhorter à faire
pénitence de la vie passée et que le royaume des cieux était
prochain, à menacer que la cognée était mise à la racine de
l'arbre, pour être de bref coupé et mis au feu, s'il était
trouvé stérile (Mat. III, 10) et que le temps était venu auquel
le Seigneur avait envoyé des anges, c'est-à-dire des
annonciateurs de sa Parole, pour ôter tout scandale de son
royaume. J'ai commencé, dis-je, incontinent comme le bon
laboureur à arracher les épines et erreurs qui étaient petit à
petit crues contre le Seigneur et sa Parole, à planter arbres
rendant fruits en leur temps, à édifier un domicile non pas
transitoire ni terrestre, mais éternel au ciel, étant édifié sur
le fondement des apôtres et prophètes dont Jésus-Christ même est
la maîtresse pierre angulaire, auquel toute édification liée
ensemble croît en un temple saint au Seigneur, auquel il nous
faut tous être édifiés en un tabernacle de Dieu, au Saint-Esprit
(Éph. II, 20-21). Et afin que je parle plus ouvertement, j'ai
été envoyé au peuple de Votre Clémence, pour prêcher l'évangile
de Dieu, lequel il avait promis par ses prophètes ès
Saintes-Écritures touchant son Fils Notre Seigneur. »
Après avoir exposé, dans les termes de l'Écriture, la doctrine
du salut par grâce et par la foi qui engendre la charité, il
continue :
« C'est ici ce que Jésus-Christ même a prêché, ô Prince très
clément et ce qu'il a commandé à ses apôtres d'enseigner à toute
créature. J'ai enseigné et enseigne ces choses et non autres à
votre peuple. Certes il ne sera pas même licite à un ange du
ciel d'évangéliser chose diverse et contraire... (Gal. I, 8) Vu
qu'il en est ainsi qui sera celui qui ne criera contre toutes
les choses qui ont été introduites dans l'Église de Christ, par
la malice des hommes, contre cette vraie doctrine de piété...
J'ai contredit comme je le devais et comme le doivent tous
pasteurs, à cette abominable foire de messes, au pervers service
des saints... comme aussi à infinies cérémonies d'humaines
traditions... En condamnant ces choses et autres semblables qui
sont contraires à la Parole de Dieu, je suis accusé vers Votre
Clémence comme séducteur, trompeur, séditieux par ceux qui ont
en estime l'hypocrisie au lieu de vérité, qui cherchent leur
propre avantage et non pas ce qui est de Christ, qui étant
destitués du bras de Dieu, se voyant trop faibles, invoquent
l'aide du bras séculier ; lesquels voyant qu'ils ne peuvent
résister à la vérité se défendent par le mensonge.
« Ils désirent que tous ceux qui honorent et font profession de
la vérité de Dieu soient perdus, contre lesquels ils machinent
infamie, dommage et mort, afin que tout le sang juste vienne sur
eux et qu'ils se montrent fils de leurs pères qui ont tué les
prophètes (Mat. XXIII, 31-35). Mais, ô Père très clément,
n'endurez pas que ces iniques abusent de votre clémence ni de
votre bonté tant connues de tous. Je vous prie au nom du Dieu
immortel et de la mort de Jésus-Christ devant le tribunal duquel
nous assisterons tous, que vous ne souffriez que votre cœur tant
bénin et amiable soit exacerbé contre moi qui suis un petit
serviteur de votre bénigne Clémence, ni contre votre pauvre
peuple tant obéissant et bienveillant. N'écoutez ceux qui
aiguisent leurs langues comme glaives pour machurer ceux qui
sont nets. Ils n'ont que faire de prétendre faussement que le
peuple est ému par la prédication de l'Évangile à sédition et
désobéissance, à mépriser les princes et magistrats. Ce
déshonneur ne doit être donné à la Parole de Dieu, car qui
est-ce qui ne sait la voix du Christ qui dit : rendez à César ce
qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mat. XXI, XXII,
21.)
Après avoir ainsi protesté contre les calomnies de ceux qui
accusaient les évangéliques de Saint-Hippolyte de faire cause
commune avec les Rustauds ennemis des moines et des seigneurs,
ce qui était le plus sûr moyen de les perdre dans l'esprit du
duc, Schuch rappelle le devoir des princes et des peuples qui
doivent tout faire avec foi selon ce que dit saint Paul (Rom.
XIV, 23). Puis il continue : « Je me confie que les rapports des
iniques ennemis de la vérité ne pourront rien vers vous et que
vous ne ferez rien qui sente plus violence qu'équité... Je
présume chose meilleure de Votre Clémence laquelle je connais
être ornée de vertus dignes d'un prince duquel la bénignité,
bonté et dilection envers ses sujets est renommée par tout le
monde. Vous défendrez donc, comme Prince très chrétien, la
Parole de Christ, vous aimerez ceux qui portent honneur à
Christ, vous haïrez les ennemis de Christ combien qu'ils soient
grands. Moi qui suis un très petit serviteur de Dieu, je n'ai
rien prêché à votre peuple et ne prêcherai jamais sinon ce que
je sais être très ferme et certain en la Parole de Dieu.
« Je suis et serai toujours prêt, selon l'admonition de saint
Pierre, de rendre raison de la foi qui est en moi. Je prie donc,
ô Prince très chrétien, que votre bénignité me veuille ouïr. Ne
veuillez acquiescer à ceux qui se réjouissent de nous détruire
sans être ouïs. Nous ne serons point rebelles à Votre Clémence,
ce que nos ennemis ne sont point honteux de nous faussement
imputer. Mais serons sujets humblement rendant à chacun ce qui
lui est dû... Je vous supplie de recevoir bénignement les
supplications de celui qui est très prompt d'obéir à tous les
bons désirs et commandements de Votre Excellence. Je vous
supplie bien humblement aussi de pardonner à ma grande témérité,
qui ai osé écrire à Votre Hautesse, supportant ma rudesse de ce
que j'ose empêcher votre piété à lire tant chose mal ornée :
Mais je ne m'estime savoir autre chose que Jésus-Christ crucifié
(1 Cor. II, 2) par lequel paix et grâce de Dieu Notre Père vous
soient données et à votre règne et à tous ceux qui invoquent le
nom de Notre Seigneur Jésus-Christ afin qu'ayant les cœurs
illuminés par la Parole de Dieu et le sacré Évangile, nous
confessions devant le monde et atan que nous croyons et
qu'abondions en toute bonne œuvre. Amen !
« De votre ville de Saint-Hippolyte martyr, l'an de grâce M. D.
XXV le deuxième jour de janvier. »
Ce qu'il advint de cette démarche courageuse et même audacieuse
et téméraire, on le devine aisément. Non seulement elle ne gagna
pas à la doctrine évangélique le duc de Lorraine que des
attaques aussi hardies contre la religion qu'il professait et
des jugements aussi sévères sur ses favoris ne pouvaient
qu'irriter davantage. Mais elle ne justifia pas, à ses yeux, les
gens de Saint-Hippolyte des accusations de rébellion dont on les
chargeait. Il conserva à leur égard toutes ses préventions et ne
témoigna pas moins d'aversion et de haine contre les
évangéliques.
Soit qu'Antoine ait dédaigné de répondre à la lettre de Schuch,
soit qu'il lui ait répondu par un refus, le curé de
Saint-Hippolyte, certain désormais que le duc persistait dans
ses sentiments hostiles et craignant qu'il ne marchât contre la
petite ville, prit la résolution de se rendre, sans retard, à
Nancy, et d'y demander audience à ce prince. Il espérait, du
moins, disculper ses paroissiens dénoncés comme Luthériens et
surtout comme affiliés aux Rustauds et comme ennemis de toute
autorité civile et religieuse. On ignore s'il put parvenir
jusqu'au duc, mais s'il fut arrêté alors, ainsi que le rapporte
Crespin, il est certain qu'il fut relâché et qu'il retourna dans
sa paroisse. En effet, le gouverneur de Blâmont, Gaspard d'Haussonville,
fut chargé d'aller le quérir (133). Accompagné d'une troupe de
cavaliers, il se rendit à Saint-Hippolyte et, l'ayant arrêté, il
l'amena à Nancy. Dès son arrivée Wolfgang Schuch fut jeté dans
un cachot infect situé dans une des tours de la Craffe (134) qui
servaient alors de prison, et placé sous la garde de gens
barbares, c'est-à-dire qui ne le comprenaient pas, ne sachant
pas l'allemand qui était la langue maternelle de leur
prisonnier. Son arrestation eut lieu, selon toute apparence, en
janvier. C'est, sans doute, au mois de février, après les
premiers interrogatoires, que Saint-Chamont jugea à propos de
demander l'avis de la Faculté de théologie de Paris et de
déférer à son examen et à son jugement certaines réponses de
l'accusé ainsi que « quatre libelles écrits de sa main » que le
tribunal et lui-même jugeaient entachés de l ' « hérésie
pestifère de Luther ».
Le 25 mars, sur le rapport d'une commission composée de six
docteurs en théologie, la Sorbonne, dans une assemblée générale,
prononça la censure contre trente et une propositions extraites
des quatre libelles « sortis de l'exécrable officine de Luther
», comme fausses et erronées, impudentes, arrogantes, perverses
et impies, hérétiques et schismatiques, sacrilèges et damnables.
En conséquence, elle exprima l'avis qu'elles devaient être
détruites et brûlées publiquement, étant pernicieuses à la
République chrétienne et que Schuch devait être sommé de les
abjurer.
Deux jours après, le 27, la Sorbonne fit expédier à l'abbé de
Saint-Antoine la copie signée et scellée des propositions
condamnées, avec les censures à la suite de chaque article. A
cette pièce étaient jointes deux lettres latines : l'une à
l'adresse du commissaire apostolique pour l'extirpation de
l'hérésie en Lorraine, Saint-Chamont ; l'autre, qui devait être
transmise par lui au duc de Lorraine, louait ce prince de son
zèle contre l'hérésie et lui proposait l'exemple du roi David
qui se couvrit de gloire en conduisant vigoureusement les
guerres de l'Éternel, n'épargnant pas les Philistins incirconcis
dont il rapporta les dépouilles opimes.
Ces lettres reçues, le procès avait été repris et la sentence
capitale allait être prononcée lorsque survinrent les graves
événements qui obligèrent le duc Antoine et le chef de son
Conseil à quitter Nancy précipitamment (135).
Les Bourres ou Rustauds, paysans révoltés contre leurs seigneurs
ecclésiastiques et laïcs (136) par qui ils se plaignaient, avec
trop de motifs, d'être « taillés, mangés et rongés »,
parcouraient depuis longtemps plusieurs contrées d'Allemagne, en
particulier la vallée du Rhin, ménageant les villages et pillant
abbayes et châteaux, donnant aux pauvres et prenant aux moines
(137). « Dans les douze articles qui contiennent leurs griefs,
ils revendiquaient le droit d'élire et de déposer leur curé ou
pasteur, d'user d'une portion des dímes pour le soulagement des
pauvres et les besoins de la communauté, de prendre leur bois
dans les forêts ; la liberté de la chasse et de la pêche,
l'abolition du servage et des corvées arbitraires, la diminution
des rentes et redevances de toutes sortes qui les ruinaient, la
restitution aux communautés des terres usurpées sur leur
territoire (138). »
Après les fêtes de Pâques de l'année 1525, au mois d'avril, les
paysans de la haute Alsace se soulevèrent à leur tour et
rencontrèrent des adhérents dans la vallée de la Sarre jusque
vers Herbitzheim où ils pillèrent une abbaye de Bénédictines. Au
mois de mai ils étaient rassemblés, au nombre de trente mille,
aux environs de Molsheim et se disposaient à passer les Vosges.
Informé de leurs projets, le duc de Lorraine appela à lui ses
frères, Claude de Guise et Louis, comte de Vaudémont, qui
accoururent en toute hâte avec quelques troupes. De Dieuze où
elle s'était réunie, l'armée lorraine se mit en marche
s'acheminant vers l'Alsace à la rencontre des Rustauds. Elle les
rencontra à Lupstein où, le 16 mai, elle en battit cinq à six
mille. A la suite de cette défaite le gros de l'armée des
rebelles s'enferma dans Saverne, où, menacés d'un siège et
redoutant un nouveau désastre, ils résolurent de parlementer et
obtinrent de quitter la ville sans armes et un bâton à la main.
Toutefois la parole qu'Antoine leur avait donnée ne fut pas
gardée. Tandis qu'ils sortaient, le duc de Guise donna l'ordre à
ses soldats de les assaillir. Ils en massacrèrent environ seize
mille. Saverne, qui était une ville « riche et comble de biens,
fut pillée, dérobée et détruite », des hommes, des femmes,
jusqu'à des enfants perdirent la vie. De quoi aucuns disaient
que c'était grande lâcheté aux Lorrains qui s'excusaient en
prétendant que les Rustauds voulaient enfreindre leur
sauf-conduit (140). » D'autres bandes qui étaient restées hors
de Saverne, remontèrent, en fuyant, le long des Vosges jusqu'à
Scherviller (141), poursuivies par les troupes lorraines qui les
mirent en déroute. Il en périt encore là trois ou quatre mille,
dont une partie furent massacrés le lendemain de la bataille,
les blessés comme les autres. Les survivants se dispersèrent.
Dès le jour suivant, 21 mai, l'armée libératrice des défenseurs
de la foi catholique reprit, par Saint-Hippolyte et le val de
Lièpvre, le chemin de la Lorraine, suivie de nombreux chariots,
chargés de tout ce qu'ils pouvaient emporter de leur butin,
laissant derrière eux, partout où ils avaient passé, une
impression de profonde terreur. Le souvenir de leurs ravages «
pires que ceux des Bourres » se conserva longtemps en Alsace où
le nom de Lorrain devint synonyme de pillard (142).
Arrivé le 25 mai au bourg de Saint-Nicolas-du-Port (143), le duc
Antoine s'y arrêta trois jours, « regraciant Dieu » et il y
licencia ses troupes. « Depuis il y mit ordre que plusieurs
Luthériens furent pris pour avoir tenu et prêché la secte de
Luther, fausse et réprouvée, pour être brûlés, pendus et
décapités, ne se voulurent confesser ni changer leurs pensées,
mais moururent obstinés en leurs erreurs et faussetés (144). »
C'est en souvenir de sa victoire qu'Antoine fit ériger la
Croix-Gagnée, à Boudonville, aux portes de Nancy.
Le procès de Wolfgang Schuch fut interrompu ou différé par suite
de l'absence de Saint-Chamont (145), qui accompagnait le duc de
Lorraine, durant sa campagne, en qualité de chef de son Conseil.
Il fut repris à la fin de mai au retour de l'inquisiteur.
Durant les quatre mois qu'il passa dans sa prison, Schuch ne se
laissa point intimider. Ni les promesses ni les menaces ne
parvinrent à l'ébranler. Son affection pour sa femme et ses
jeunes enfants (146), à qui sa vie et sa protection étaient si
nécessaires, ne purent le faire faiblir ni consentir à une
abjuration qui aurait pu le sauver. Souvent on le menait au
couvent des Cordeliers (147), voisin de la prison de la Craffe ;
là on l'interrogeait et l'on disputait avec lui. Mais il
confondait ses adversaires et Bonaventure Renel lui-même, grâce
à sa présence d'esprit et à sa profonde connaissance des Saintes
Écritures.
Le tribunal de l'inquisition était présidé par Théodore de
Saint-Chamont, assisté de l'abbé de Clairlieu, Cunin Forville,
de Rosières (148). Mais le principal agent de cette persécution,
dit Crespin, était le Provincial de l'ordre des Cordeliers,
Bonaventure Renel, « homme autant hideux de viaire et de ventre
que souverainement effronté en toute ignorance de bien et de
vertu. Il avait grande autorité en la cour de Lorraine, étant
parvenu à ce degré d'être grand-confesseur du duc Antoine qui
l'aimait fort pour la licence qu'il lui baillait en la liberté
de ses plaisirs. Ce monstre cruel ne persuadait rien tant à ce
prince ignorant que d'exterminer tous gens savants de sa cour et
de ses pays et lui avait si bien appris cette leçon que souvent,
en devises familières, le prince avait coutume de dire qu'il
suffisait savoir Pater Noster et Ave Maria et que les plus
grands docteurs étaient cause des plus grandes erreurs et
troubles. »
Ce moine dirigeait les interrogatoires et il lui arrivait
souvent, lorsque les réponses de l'hérétique le scandalisaient
ou l'embarrassaient, de s'emporter contre lui et de
l'invectiver, l'appelant Judas ou diable. Mais Schuch se
souvenait de la parole du Christ : vous serez bienheureux quand
on vous dira des injures à cause de moi (Mat. V, 11) et ne
répondait ni aux injures « ni aux moqueries de ses adversaires
qu'il ne semblait pas entendre ». Il les réduisait au silence
par ses arguments serrés, sa science théologique et les
citations de l'Écriture Sainte toujours faites à propos. Il les
menaçait aussi parfois du juste jugement de Dieu, tellement
qu'un jour, grinçant les dents de dépit, ils lui arrachèrent des
mains la Bible dont il se servait journellement et dont les
marges étaient chargées de ses annotations, et « ne pouvant
mordre sur sa doctrine » brûlèrent le saint livre dans leur
couvent.
Un jour, dit-on, le duc désira assister aux derniers
interrogatoires du curé de Saint-Hippolyte. Dissimulé derrière
une tapisserie, il pouvait voir et entendre, mais non comprendre
ses réponses. Schuch, en effet, s'exprimant mal en français,
parlait en latin avec ses juges, à qui la langue allemande
n'était pas familière. Antoine d'ailleurs jugeant par la
contenance assurée de l'accusé et la promptitude de ses réponses
qu'il n'était ni vaincu, ni intimidé, se retira en disant qu'il
était superflu de discuter davantage puisqu'on ne pouvait le
réduire à se taire, et qu'il fallait prononcer la condamnation
de l'hérétique puisqu'il niait le sacrement de la messe (149).
Cette parole équivalait à une sentence de mort et mit fin au
procès. Le tribunal de l'inquisition condamna alors Wolfgang à
être brûlé vif..
Après la lecture de la sentence prononcée par ses juges,
Wolfgang Schuch ne témoigna ni surprise, ni abattement. Loin de
là, voyant, comme le premier martyr chrétien Étienne (150) les
cieux ouverts pour le recevoir, il entonna à haute voix le chant
du psaume cent-vingt-deuxième : Je suis dans la joie quand on me
dit : montons à la maison de l'Éternel. Tandis qu'il chantait
encore, on le ramena dans son cachot.
La veille du jour de son exécution on dégrada à Nancy un jeune
religieux, disciple de Luther, qui ne montra pas autant de
courage et de résolution et ne subit pas le même sort. Il eut la
faiblesse de se rétracter et ne monta pas sur le bûcher. On le
séquestra, sans doute, dans une cellule de son couvent pour y
faire pénitence, car les Chroniques messines « rapportent qu'il
fut mis d'une part qu'on ne sut ce qu'il devint (151) ».
Le mercredi 21 juin, Wolfgang Schuch fut extrait de son cachot
pour être mené sur le lieu où l'on avait disposé le bûcher
(152). Au sortir de la Craffe le cortège remontant la Grand'Rue,
devait passer devant le couvent des Cordeliers. Les moines,
rangés devant leur église, l'attendaient au passage, curieux de
voir l'attitude de la victime de l'inquisition et peut-être dans
l'intention de l'accompagner jusque sur la place de l'exécution.
Dès que le fanatique Bonaventure Renel, qui était là avec ses
religieux, aperçut Schuch, il lui cria : hérétique maudit, rends
honneur à Dieu, à sa Mère et à ses saints, et du doigt il lui
montrait les images de pierre qui décoraient le portail (153).
Hypocrites, lui répondit Schuch, Dieu vous détruira et amènera
vos superstitions à la lumière.
Lorsque le cortège, accompagné d'une multitude de peuple, avide
de repaître ses yeux d'un affreux spectacle, fut arrivé sur le
lieu de l'exécution situé hors de la ville (154) sous la
conduite du prévôt, Claude de Vandœuvres, on commença par
dégrader des ordres ecclésiastiques le curé de Saint-Hippolyte
pendant qu'un religieux prononçait le sermon d'usage sur la foi
catholique. On brûla ensuite ses livres et sans doute aussi les
extraits de ses écrits que la Sorbonne (155) avait condamnés, le
25 mars précédent, comme entachés d'hérésie. On lui offrit
alors, s'il consentait à se rétracter et à demander pardon à
Dieu et à l'Église, de modérer sa peine, c'est-à-dire de le
pendre au gibet après lui avoir fait seulement sentir l'ardeur
du feu (156). Mais il refusa courageusement et sans hésiter cet
adoucissement à son supplice et il ajouta que Dieu l'avait
soutenu durant sa vie et ne l'abandonnerait pas à sa dernière
heure. Alors, pour témoigner qu'il était prêt et résolu à
mourir, il dit en latin : Que la sentence s'exécute !
Cela dit, il se mit à réciter à haute voix le psaume
cinquante-unième : ô Dieu, prends pitié de moi dans ta bonté ;
dans ta grande miséricorde, efface mes transgressions, lave-moi,
etc. Il s'avança alors, d'un pas assuré, dans la dépression
ménagée au centre du bûcher, où l'exécuteur des hautes œuvres
l'attacha au pilori par une chaîne de fer et mit le feu aux
fagots, tandis qu'il continuait son psaume. Il chanta ainsi
jusqu'à ce que l'ardeur des flammes et la suffocation causée par
la fumée mirent fin à ses souffrances et à son glorieux martyre
(157).
« Sa grande vertu et constance ornée d'érudition exquise édifia
maints bons cœurs et rendit étonnés les adversaires de la
vérité. » Quoique mort, le saint martyr, recueilli auprès du
Seigneur, nous parle encore (Hébr. XI, 4) et il nous redit la
parole de Jésus-Christ : « Que servirait-il à un homme de gagner
le monde entier et de sauver sa vie, s'il perdait son âme. »
Le 28 décembre 1527 mourut l'inquisiteur qui avait prononcé la
sentence de mort, l'abbé de Saint-Antoine, Théodore de
Saint-Chamont, qui fut enterré à Pont-à-Mousson (158).
Wolfgang Schuch était déjà prisonnier et l'armée lorraine
s'ébranlait pour s'acheminer vers l'Alsace, lorsque le 7 mai,
Hans Wolf, l'un des chefs des Rustauds, à la tête d'une dizaine
de mille paysans, s'était présenté devant Saint-Hippolyte et
avait obtenu de force qu'un certain nombre de ses habitants se
joignît à ses bandes. Malheureusement leur curé n'était plus là
pour les encourager et les soutenir dans leur résistance.
Le bon duc Antoine ne paraît pas avoir gardé rancune à ses
sujets de Saint-Hippolyte qu'il avait déjà punis par des
confiscations et des amendes comme ceux de la vallée de la
Sarre. Apaisé sans doute par la mort de Wolfgang Schuch, il
consentit à leur pardonner « leurs fautes et mépris commis
envers sa grâce » aux conditions suivantes (159) :
Les habitants feront une procession générale, tête nue, quatre
des principaux du conseil portant un cierge allumé, après
laquelle aura lieu un sermon d'un homme d'église qui remontrera
au peuple la détestable secte luthérienne, afin qu'il se
conforme aux ordonnances de l'Église et ce sur peine de punition
de corps et de biens. Ils prêteront serment de fidélité au duc.
Ils ne conserveront aucune arme sans permission, sous peine de
confiscation de corps et biens. Ils restitueront les joyaux et
ornements d'église qu'ils pourront avoir en mains.
Ils promettront que si quelques-uns, de quelque condition et
qualité que ce fût, les provoquaient à délaisser les ordonnances
de l'Église, ils en avertiront incontinent leur capitaine ou
officiers de leur souverain seigneur, sous peine de châtiment.
Comme au mépris des ordonnances de notre Mère Sainte-Église, par
suggestion diabolique, aucuns ont mangé de la chair, les jours
prohibés, ils s'abstiendront à l'avenir de telle insolence et
dénonceront les délinquants, sous peine de punition.
Ils paieront les dîmes, censes et oblations dues aux églises
afin que le service divin et les prières des trépassés se
fassent comme par le passé. Ils seront tenus dorénavant et à
perpétuité de fournir au duc de Lorraine, en temps des
vendanges, trois chevaux chargés de raisins, à leurs frais.
Ils verseront, à la Saint-Martin d'hiver prochaine, entre les
mains du receveur général, cinq cents francs pour être délivrés
à ceux à qui le duc les a accordés sur les amendes et
confiscations des gens de Saint-Hippolyte.
Ils conduiront, chaque année, au gouverneur de la Tappe à Raon,
au temps des vendanges, douze charrées de bon vin blanc de leur
cru, de vingt-quatre mesures chacune, qu'ils pourront racheter à
toujours, moyennant la somme de mille florins d'or.
Les gens de Saint-Hippolyte qui partageaient les croyances de
Schuch ne se hâtèrent pas de rentrer dans le giron de l'Église
romaine, car entre les années 1530 et 1535, le duc de Lorraine y
envoya à deux reprises pour « faire information de la Luthérerie
(160) ». Peu à peu cependant les doctrines évangéliques furent
délaissées et il ne s'y forma point de communauté protestante
ainsi que dans d'autres localités voisines de l'Alsace.
(121). 1484, Henry de Lorraine, comte de
Vaudémont, oncle du duc René II, évêque de Metz, mort en 1506.
1506, Jean de Lorraine, né en 1502, fils de René, évêque de Metz
à quatre ans, de Toul à dix-huit, de Maurienne à dix-neuf,
cardinal à vingt ans. Il fut aussi archevêque de Lyon, Narbonne
et Reims, évêque d'Alby, Luçon, Thérouanne, Valence et Verdun.
Il mourut en 1550.
1543, Nicolas, fils du duc Antoine, né en 1524, évêque de Metz.
Il résigne en 1548 pour se marier. C'est le comte de Vaudémont,
duc de Mercœur.
1550, Charles de Lorraine, fils de Claude de Guise, évêque de
Metz, qu'on appelle le Grand-Cardinal, mort en 1575.
1558, Louis de Lorraine, cardinal de Guise, évêque de Metz, mort
en 1578.
1578, Charles de Lorraine, fils du duc Charles III, cardinal,
évêque de Metz et de Strasbourg, légat du Saint-Siège, né en
1567, mort en 1607.
(122). Antoine, fils de René II et de Philippe de Gueldres,
époux de Renée de Bourbon, succéda à son père en 1508, et mourut
en 1544. (Voir Du Boulay, Vie et trépas du bon duc Antoine et
saige duc François, 1 vol. in-4 °, 1547.)
(123). Rogéville (Dictionnaire des ordonnances et tribunaux de
la Lorraine et du Barrois, Nancy, 1777) et Huguenin (Chroniques
de Metz) datent cette ordonnance de 1523. Cependant, il est
évident que le préambule en a été retouché, sans doute, lors
d'une publication postérieure de la même ordonnance, car le
texte actuel est évidemment postérieur à la campagne contre les
Rustauds, aucune invasion armée de Luthériens n'étant mentionnée
par les chroniqueurs, ni en 1523, ni précédemment. En outre, il
désigne les Luthériens par le nom de religionnaires qui n'a
jamais été donné qu'aux Réformés de France et plus tard
seulement.
(124). Frère Bonaventure Renel, gardien des Frères-Mineurs de
l'étroite Observance de Saint-François ou Cordeliers. Il avait
prononcé ses vœux en 1480 et avait été trois fois Provincial,
Depuis 1522 il était confesseur du duc de Lorraine.
(125). In Amos, Abdiam et Jonam prophetas commentarii apud
Herwagium. Argent. Mense junio MDXXV.
(126). Il s'agit sans doute de Saint-Chamont et de Renel.
(127). Le bourg de Saint-Hippolyte (en allemand Sanct Pilt) au
pied du Hohkœnigsbourg, sur le versant alsacien des Vosges, à
l'entrée du val de Liepvre, appartenait au duc de Lorraine,
ainsi que la partie de Sainte-Marie-aux-Mines située sur la rive
gauche de la Liepvrette. La portion de cette ville bâtie sur la
rive droite était aux comtes de Ribeaupierre, qui embrassèrent
la Réforme. De là vient que Saint-Hippolyte est catholique et
Ribeauvillé protestant.
(128). Wolfgang, en français Pasdeloup, était âgé de trente-deux
ans en 1525, il pouvait être qualifié par Crespin, de jeune
homme, c'est-à-dire d'homme jeune. Ce qui suit est, en grande
partie, emprunté à l'intéressante notice de M. Rodolphe Reuss.
(129). Léon Judæ, né en Alsace vers 1482, étudia à Bâle où il se
lia avec Zwingle. Il fut installé le 23 février 1523 comme curé
de l'église Saint-Pierre, à Zurich, il devint ainsi le collègue
de son ancien ami qui l'y avait appelé.
(130). Ulrich Zwingle, né en 1484 à Wildhaus, en Suisse, fut
successivement curé à Glaris, à Einsiedeln et enfin à Zurich en
1518. Il y prêcha avec succès la Réforme et périt en 1531, à la
bataille de Cappel, remplissant les fonctions d'aumônier des
troupes réformées, combattant contre l'armée des cantons
catholiques.
(131). Les ducs de Lorraine étaient, de droit, héritiers des
biens laissés par les enfants de prêtres. Ce cas ne devait pas
être rare puisqu'il était prévu par les Ordonnances. En 1517,
Antoine hérita des biens de la fille de H. Robert, archidiacre
de Ligny. (Archives de la Meurthe, série B, 6152.) En 1583 parut
une ordonnance contre les filles et femmes notoirement notées de
paillardise qui hantent et fréquentent les maisons des gens
d'église, lesquelles seront fouettées et bannies.
(Rogéville, II, 506.) Code Guinet, B, 415, Arch. département.
(132). Les prêtres convertis aux doctrines évangéliques
croyaient avoir le droit de se marier, le mariage des
ecclésiastiques ayant été général dans les premiers siècles de
l'Église, saint Pierre ainsi que plusieurs parmi les autres
apôtres ou leurs compagnons ayant été mariés. Le célibat fut
imposé d'abord aux évêques, lorsque la hiérarchie fut
introduite, puis au Ve siècle à tous les prêtres. Le dogme du
célibat ecclésiastique triompha enfin au xie siècle sous le
pontificat de Grégoire VII. En 1074, le synode de Latran
excommunia tout prêtre marié qui dirait la messe et tout laïque
qui recevrait l'hostie de sa main. Les prêtres grecs, arméniens
et maronites ne sont pas soumis au célibat.
(133). On lit, en effet, dans les comptes de Lorraine déposés
aux Archives de la Meurthe :
Msgr le gouverneur de Blâmont, luy 14º de personnes et autant de
chevaux a despensés en l'hostel de Hannes de Dieuze, lorsqu'il
mena le curé de Saint-Ypolitte. Appert par sa descharge, cy
rendu 15 fr. (Série B, 8441.)
Pour despens faitz par Msgr le gouverneur de Blamont, tant en
allant comme en retournant de SaintYpolitte, pour, par
ordonnance de Msgr le duc, avoir esté quérir le curé dudit
Saint-Ypolitte, pour mener à Nancy, comme appert par le
mandement de mondit sgr duc et desclaration de ladite despence.
Cy rendu la somme de 62 fr., un gros batz, XXXI florins. (Série
B, 8841.) Hans (Jean), de Dieuze, était gouverneur de la Tappe,
à Raon.
(134). La porte de la Craffe ou de Notre-Dame, par laquelle le
duc Jean II fit son entrée à Nancy, en 1453, et dont il bâtit
les tours en 1463. Il y avait là une prison (en 1513-1588) et
l'une des tours (en 1595) renfermait la chambre de la question.
(135). Volcyr nous confirme que Schuch était en prison pendant
la campagne contre les Rustauds (f ° 96).
(136). La Réforme ne saurait être rendue responsable des
soulèvements plus sociaux que politiques des paysans dont
plusieurs ont eu lieu à la fin du XVe siècle et d'autres au XVIe
siècle, avant 1517. Si Luther, défenseur des faibles et des
opprimés, approuva la plupart de leurs revendications, il blama
toujours la révolte et la violence et recommanda constamment
l'obéissance aux princes. Mais comme les Rustauds invoquaient
l'Écriture sainte dans leurs douze articles, les auteurs
lorrains, qui ignorent généralement l'histoire de la
Réformation, les ont d'ordinaire confondus avec les luthériens,
parfois même avec les anabaptistes dont ils furent les
adversaires.
Volcyr les appelle : luthériens, apostats, faussaires, pervers,
hypocrites, enfants de Bélial, etc.
Cayon, dans son Histoire de Nancy (p. 23 et 28), les désigne
comme protestants quoique ce nom n'existât pas encore en 1525.
Digot, dans son Histoire de Lorraine (IV, p. 70), dit qu'après
la défaite des Rustauds « si le péril le plus imminent se
trouvait écarté, on n'en avait malheureusement pas fini avec
l'hérésie. Repoussée quand elle avait voulu s'établir par la
violence, elle allait, sans doute, tenter de s'introduire en
Lorraine par d'autres voies et es prédications secrètes de
quelques ecclésiastiques et de certains moines, favorablement
disposés pour les nouvelles doctrines, semblaient désormais plus
à craindre qu'une invasion. »
Dom Joseph de l'Isle, dans son Histoire de la célèbre abbaïe de
Saint-Mihiel, appelle hugnots, les Rustauds de 1525.
Leupol (Précis de l'histoire de Lorraine, 4ª édition, p. 150)
parle de « quarante mille Allemands, prédicateurs armés,
belliqueux apôtres de la Réforme », et va jusqu'à associer
Farel, Chastelain, Luther, Thomas Münzer, le chef des
Anabaptistes, Gerber de Molsheim, le chef de l'armée des
Rustauds alsaciens.
Beaupré (Recherches sur les commencements et les progrès de
l'imprimerie en Lorraine, p. 142) écrit qu'Antoine « a refoulé
le luthéranisme sur le Rhin et sauvé la religion catholique en
France ».
Lepage (Histoire de Nancy, p. 11) appelle aussi les Rustauds des
luthériens. Dans les Documents lorrains, tome 14ª, il ne confond
plus les Luthériens et les Rustauds, mais il accuse ceux-ci de
communisme, accusation qui semble indiquer qu'il les prend pour
des anabaptistes.
(137). Bourres (de l'allemand Bauer, paysan), appelés en
Lorraine Rustauds (du latin rusticus, paysan), voir : Karl
Hartfelder, Zur Geschichte des Bauernkrieges in Südwest-Deutschland,
Stuttgard, 1884).
(138). Voici d'après les chroniques de Metz le contenu des douze
articles contenant les revendications des Bourres :
I. Droit d'élire « un curé et pasteur pour les régir et
gouverner » prêchant la pure parole de Dieu « et de le déposer
s'il forfait ».
II. Droit d'user de la dîme du blé, pour l'entretien du curé, le
soulagement des pauvres et les nécessités de la communauté et
suppression des dîmes qui « par finesse des hommes » ont été peu
à peu « levées et usurpées ».
III. Abolition du servage « chose fort méprisable et digne de
compassion vu que Dieu par sa passion les ait tous rachetés
autant le pauvre comme le riche Obéissance aux seigneurs et
souverains en toute chose juste, licite et raisonnable, fidèle
et chrétienne. »
IV. Liberté de la chasse et de la pêche, vu que Dieu créa
l'homme et lui donna puissance et autorité sur les bêtes.
V. Droit pour chacun de prendre, tant pour bâtir que pour
brûler, le bois nécessaire dans les forêts, qui retourneront à
la communauté.
VI. Abolition des corvées arbitraires, sans cesse augmentées par
les seigneurs et qui les foulent, mais conservation des
anciennes sans qu'ils soient opprimés.
VII. Obligation pour les seigneurs et de se montrer « cordials
et débonnaires » et de ne plus les charger et oppresser plus
avant que le bonhomme peut faire afin qu'il puisse faire son
profit, leur obéissant avant tout autre, mais en temps opportun,
sans dommage et pour prix raisonnable.
VIII. Diminution, après visite et jugement de gens de bien, des
rentes, droitures et redevances dues au seigneur sur les biens
qui sont souvent plus chargés qu'ils ne valent, car selon Dieu
chaque ouvrier doit être payé de son loyer.
IX. Correction et punition des coupables selon l'ancien temps,
non point par haine ou vengeance et plus cruellement les uns que
les autres.
X. Retour à la communauté des prés, pâquis, pâturals et autres
terres gratuitement s'ils ont été usurpés par les seigneurs, ou
contre argent si ceux-ci les ont achetés.
XI. Suppression du grand obsèque et grande dépense, en usage
lors des décès, car chacun en prend et l'on ôte les biens aux
pauvres veuves et orphelins, contre droit et raison.
XII. Enfin observation desdits articles en tant qu'ils sont
d'accord avec la parole de Dieu.
(139). Claude, frère du duc Antoine, chef de la famille des
Guise, né à Condé-sur-Moselle, aujourd'hui Custine (Meurthe), le
20 octobre 1496.
(140). Sleidan dit : Le lendemain, Antoine fit grande boucherie
de ceux qui étaient autour de Saverne, en quoi la foi ne fut pas
gardée, car après qu'on leur avait commandé de poser les armes,
sous promesse de ne leur mal faire, comme ils passaient au
travers de l'armée, tout nus, sous ombre de quelque émeute, pour
légère occasion, furent mis en pièce pour la plupart. (J.
Sleidan, Histoire touchant l'état de la religion et république
Le chroniqueur Thiriat écrit : Capitulation faitė en guerre est
de droit des gens et le souverain ne doit donner l'exemple d'y
faillir. Monseigneur fut par trop faible et devait éconduire
ceux qui donnèrent conseil de rigueur ; car ne pouvait-on se
dissimuler que lesdits de Saverne n'étaient venus à parlementer
qu'autant que leur fut promis, pour eux et leur chef, vie et
bagues sauves, furent cependant passés à fil d'épée et Gerber
pendu, dont on fit grand murmure et ce fut déshonneur à
Monseigneur.
(141). Scherviller ou Chenonville.
(142). Plusieurs compaignons de Metz, de divers métiers, qui
avaient été à cette « tuerie et pillerie » engagés dans l'armée
lorraine, étant revenus, le Conseil des Treize, assemblé le 6
juin, leur intima l'ordre de quitter la ville (Hug. 823), non
parce qu'ils avaient combattu avec les Lorrains, ainsi que le
croit Lepage, mais « pour avoir pillé avec les autres ».
(143). Saint-Nicolas-du-Port, sur la Meurthe, en amont de Nancy,
était une ville de 8,000 âmes, dit-on, et un lieu de pèlerinage
très fréquenté, depuis qu'un gentilhomme lorrain y avait
apporté, en 1087, un prétendu os de la main de Nicolas, évêque
de Myre, en Lycie. Cette ville s'enrichissait par son commerce.
Sa belle église ogivale avec ses deux tours, commencée en 1481
et dont les Messins firent don des dalles du pavé, ne fut
achevée qu'en 1544. La Réforme y eut de bonne heure des
adhérents, dont plusieurs furent mis à mort comme luthériens,
par le duc Antoine en 1525 (Volcyr). En 1562 , François
Christophe et Louis des Masures, jadis secrétaire du cardinal de
Lorraine, y prêchèrent la Réforme, mais la persécution de
l'église de Saint-Nicolas les obligea à émigrer à Metz, où ils
furent pasteurs, avec quelques familles qui s'y fixèrent. En
1588, il y avait encore des Réformés, car on lit dans les
registres de la Chambre des comptes, n ° 8949, qu'en cette année
le bailli de Nancy, son lieutenant et le procureur général de
Lorraine furent à Saint-Nicolas pour les affaires de ceux de la
religion et descendirent à l'hôtellerie de l'Ange.
(144). Volcyr, 144.
(145). Les trois évêchés étaient ceux de Metz, Toul et Verdun.
Nancy, qui ne possédait pas encore de siège épiscopal, faisait
partie du diocèse de Toul.
(146). Crespin attribue six ou sept enfants à Schuch, mais il
est difficile qu'il en eût plus de cinq, son mariage ne pouvant
être antérieur à 1518. Volcyr dit qu'il était prêtre
concubinaire, cas qui n'était pas rare, parce que pour l'Église
catholique, le légitime mariage d'un prêtre, même devenu
protestant, n'est qu'un concubinage.
(147). Le couvent des Cordeliers avait été fondé par René II à
côté du Palais ducal, à l'occasion de la défaite du duc de
Bourgogne, Charles le Téméraire, tué devant Nancy en 1477. Dans
l'église et la Chapelle ronde, qui sont la propriété de
l'empereur d'Autriche, on voit les tombeaux de la maison de
Lorraine, parmi lesquels celui de Philippe de Gueldres, mère
d'Antoine, l'une des plus belles œuvres du célèbre sculpteur
Ligier Richier.
(148). D'après Crespin, Cunin mourut subitement à Nancy, effrayé
par le bruit des salves d'artillerie, lors de l'entrée de la
duchesse Christine de Danemark, femme de François II, « ce qui
fut, dit-il, un notable jugement de Dieu ».
(149). Il est possible que Schuch, fils de laboureur et
connaissant la condition misérable des paysans, approuvât les
douze articles des Bourres, qui ne renferment rien que de
légitime, mais il est certain qu'il ne prit aucune part à la
révolte des paysans de la Haute-Alsace. Car lorsque ceux-ci se
soulevèrent au mois d'avril et qu'ils contraignirent, par la
menace, les gens de SaintHippolyte à envoyer un certain nombre
d'entre eux rejoindre leurs bandes, Wolfgang était déjà dans les
prisons de Nancy. D'ailleurs, on ne trouva rien dans ses écrits
qui le convainquît de complicité dans leur soulèvement et c'est
comme hérétique et ennemi de la messe qu'il fut condamné. Volcyr
dit que le curé de Saint-Hippolyte qui s'était perverti,
enseignait que tout chrétien pouvait dire la messe.
(150). Voir le Livre des Actes des Apôtres, VII, 55-56.
(151). Huguenin, 824.
(152). Crespin dit que le supplice de Wolfgang Schuch eut lieu
le 19 août. Mais c'est une erreur. Les chroniques de Metz
donnent la date du 21 juin, qui est confirmée : 1º par les
Comptes de Lorraine qui nous apprennent que le martyr était déjà
brûlé le 29 juillet ; 2 ° par la lettre de Farel qui, le 31
juillet, prie le chevalier d'Esch d'écrire le martyre des deux
vrais martyrs, Jean Chastelain et le curé de Saint-Hippolyte,
sans mentionner celui de Jean Leclerc, martyrisé le 29 de ce
même mois et dont il ne pouvait encore avoir connaissance.
(Bulletin, XXV, 457.)
(153). L'église des Cordeliers existe encore, mais l'ancien
portail décoré de statues a été détruit lorsqu'on a allongé la
nef sur la Grande-Rue en 1619.
(154). Le lieu du supplice n'est pas indiqué, mais il ne devait
pas être situé dans l'enceinte de la ville où ne se trouvait
aucune place assez vaste pour permettre à la foule de se
repaître du spectacle d'une exécution capitale. On exécutait
souvent au Pâquis, entre la ville et la Meurthe, du côté de
Malzéville ; toutefois ce n'est pas là qu'on brûla Schuch,
puisqu'en marchant au supplice il passa devant les Cordeliers.
Au sortir de la prison de la Craffe, le cortège remonta la
Grande-Rue jusqu'au Palais ducal, d'où il dut gagner, par la
place Saint-Epvre, la rue de la Monnaie et sortir de la ville
par la poterne du Vieil-Aître, située près du bastion des
Michottes, et conduisant sur les glacis. Lors de la démolition
des remparts, ces glacis nivelés ont formé la place de Grève,
aujourd'hui place de l'Académie, où l'on guillotinait encore en
1830 ; c'est très probablement sur ces glacis que fut dressé le
bûcher du curé de Saint-Hippolyte.
(155). Le nom de Sorbonne a été donné originairement à l'école
de théologie fondée à Paris, en 1255, par Robert de Sorbon,
aumônier de Louis IX. On a donné ensuite ce nom à la Faculté de
théologie.
Voir les articles condamnés et les lettres adressées au duc de
Lorraine et à Saint-Chamont dans la Collectio judiciorum de
novis erroribus, de d'Argentré, Paris, 1728, f. 2º vol., p. 17 à
23.
(156). En 1579, une femme mise au pilori sur une des places de
la ville fut menée au Pâquis, où elle fut pendue après avoir
seulement senti l'ardeur du feu. (Archives départementales,
Comptes de Lorraine, 7271.)
(157). Païé à Claude de Vandœuvres, prévôt de Nancy, par
mandement du 29 juillet, 69 fr. 9 gros pour remboursement de
pareille somme que, de l'ordonnance de Monseigneur, il a fourni
et païé à faire faire certains échaffaulx de bois et planches,
tant pour faire l'exécution du curé de Saint-Ypolite, luthérien,
qu'à le dégrader, avec le fournissement de plusieurs aultres
choses servant à ladite exécution. (Bull., II, 646, Archives
départementales, Comptes).
(158). Son tombeau qui se trouvait sans doute dans la chapelle
de la maison de Saint-Antoine n'existe plus.
(159). Voir le texte publié, d'après le trésor des Chartes,
layette de Saint-Hippolyte nº 42, par Lepage, archiviste de la
Meurthe, dans ses Documents inédits sur la guerre des Rustauds,
1 vol. in-8 °, Nancy, 1861.
(160). Archives départementales : Chambre des comptes, nº 9650.
Dépense en deux voyages à Saint-Ypolite pour faire information
de la Luthérerie. |